Les Salons de la Cour

11Février, 2012, 06:15:16
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Auteur Fil de discussion: La mort d'une légende [roman achevé]  (Lu 514 fois)
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Nico du dème de Naxos
Fifre
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« le: 17Août, 2009, 10:43:07 »

Il y a quelques années de cela, j'ai commis un roman surréaliste qui mêle un peu tout ce qu'il y avait dans ma tête à ce moment là. C'est un texte fort curieux, comme je n'en ai jamais écrit d'autre.  Le roman fait au total 245000 signes et est terminé.
Je vais poster sur ce forum les premières pages.
Si vous désirez lire l'oeuvre complète, envoyez-moi un mail à lduquesne _at_ wanadoo.fr et je vous la ferai parvenir sous forme de fichier (.doc).
Toutes vos critiques seront évidemment les bienvenues.

LA MORT D’UNE LEGENDE


« Etre ou ne pas être, c’est toute la question.
Est-il plus noble pour l’esprit d’endurer
Les frondes et les flèches de l’injuste fortune,
Ou de prendre les armes contre les flots adverses
Et de leur faire face pour en finir. Mourir… dormir,
Rien d’autre, et d’un sommeil se dire qu’on en finit
Du mal de cœur, des mille chocs naturels
Dont hérite la chair : tel est le dénouement
A souhaiter à genoux. Mourir… dormir ;
Dormir… peut-être rêver : oui, voilà où l’on achoppe.
Car dans ce sommeil de mort, quels rêves viennent
Quand on s’est échappé du tourbillon de vivre,
Il faut s’y arrêter… voilà la pensée
Où naît la calamité d’une si longue vie.
[…] Ainsi la conscience fait de nous tous des couards,
Et la native couleur de la résolution
Se trouble de la pâle teinte de la pensée,
Et les entreprises de la plus haute volée,
A réfléchir ainsi, se détournent de leurs cours
Et perdent le nom d’action… […] »

              William Shakespeare
                               Hamlet


Ce matin, je me suis réveillé avec une grande douleur au creux du dos. Je vais tuer Fred Stevens. Voilà ce que j’ai pensé. Je n’ai pas le tempérament belliqueux, je n’assassine pas les fleurs sournoisement en m’approchant d’elle comme pour effleurer leurs pétales, je ne massacre pas mes mots en déclamant de la poésie lors d’un entretien d’embauche, je ne fais pas mourir les nuages en prédisant de belles journées ensoleillées. La vérité est que je suis un individu tout ce qu’il y a de plus inoffensif et gentil ; ou peut-être est-ce ce que les gens croient, je ne sais plus très bien. Non, je ne sais qu’une chose, c’est que je vais tuer Fred Stevens. Et c’est bien suffisant.
   Je n’ai aucune certitude, je me fous de la vérité. D’ailleurs, il n’y a rien de vrai, puisque tout est relatif à notre perception des choses, à la façon dont notre conscience s’empare des éléments qui constituent le monde pour les modeler en une entité qu’elle puisse concevoir. Et oui, il ne faut jamais oublier cela. Chaque mort équivaut à des milliards de morts. Si je décide de me noyer aujourd’hui dans mon bain – ce que je ne ferai pas car je vais tuer Fred Stevens – c’est toute l’Asie qui coule avec moi, ce sont l’Europe et l’Amérique qui sombrent, c’est l’Océanie qui prend l’eau, ce sont enfin tous les déserts d’Afrique qui n’auront plus jamais soif.
   Qui suis-je ? Il n’y a pas de réponse. Je suis, j’existe, je pense. Et alors. Pour ce que cela prouve ! Moi, je vais tuer Fred Stevens, un point c’est tout. Fred Stevens est une légende. Au début, il n’était qu’un homme comme les autres, mais aujourd’hui, et bien, c’est Fred Stevens !!! , le célèbre Fred Stevens. Personne se ne se rappelle de lui avant qu’il n’accède à son statut légendaire. Qui se souvient des héros avant qu’ils ne réalisent leurs exploits ? Qui s’occupe de ses parent avant d’être né ? Allons !
   Le plus curieux dans cette affaire, c’est que personne ne connaît Fred Stevens. Tous ceux qui savaient quelque chose sont morts. Fred Stevens est le tireur le plus rapide du monde. Il vous tue avant même de l’avoir prémédité, car la mort est sa seconde nature. Il ne tue pas par envie, ou par plaisir, non ; il tue parce qu’il est Fred Stevens. Contrairement à tous ces cow-boys vaniteux et tous ces pistoleros qui savent que l’or coule de la tête de leurs victimes, Fred Stevens ne connaît pas l’appât du gain. Il ne porte pas d’arme, ce qui fait que nul ne s’inquiète en le voyant, jusqu’à temps qu’il entrouvre les lèvres et que sorte la balle foudroyante du mot qu’il destine à sa proie. Ce mot doué de mort, personne ne veut le connaître. Pour ma part, j’ai une petite idée sur ce que ça pourrait être. Mais chut, je ne suis pas là pour dévoiler mes secrets.
   Fred Stevens, c’est une foule de gens : lui et toutes ses victimes. Il porte mille visages : chaque matin, il s’arrache le masque de peau qui recouvre ses traits et le remplace par celui de sa victime du jour. C’est de la sorte que chaque mort devient à son tour le tueur et ainsi de suite. Fred Stevens tue un homme chaque jour et le ressuscite au matin.
Il est de notoriété publique que les visages condensent en eux l’essence de la vie. Ils modèlent le corps qui les porte et l’esprit qui les anime.
   J’ai une théorie sur Fred Stevens : au lieu de laisser chacun des visages de ses victimes influencer son corps et son esprit, je pense qu’il force son esprit à les domestiquer pour qu’ils s’adaptent à sa personnalité physique et psychique le temps d’une journée. Renouveler cet effort surhumain toutes les vingt-quatre heures est déjà un exploit en soi. Imaginez que vous ayez la tête d’un des acteurs suivants : Charlton Heston, Arnold Schwarzenegger, James Mason, James Stewart, Montgomery Clift, Tony Curtis, Sean Conery, Stewart Granger, Lee van Cleef, Marlon Brando, James Dean, Burt Lancaster, Gregory Peck, Cary Grant, Donald Sutherland, Robert de Niro, Al Pacino, Terence Hill, James Woods, Bourvil, ou Christopher Walken et que vous gardiez toujours la tête froide, toujours la tête sur vos deux épaules. Imaginez que vous soyez-vous même en dépit de tous les fantasmes, les désirs, les haines, les jalousies qui s’accrochent à cette chair qui couvre votre figure. Moi, je suis sûr que je ne resterai pas le même. Comment voudriez vous assumez un visage qui a été celui de Lucifer, du tenancier véreux d’un casino, d’un tueur paranoïaque, d’un boxeur, d’un criminel au grand cœur, d’un triste délinquant de New York dans les années 1920 – un certain Noodles –, d’un psychopathe aux nerfs bien accrochés, d’un chasseur happé par l’horreur de la guerre du Vietnam, d’un chauffeur de taxi, de la créature de Frankenstein et j’en passe ! Moi, j’abdiquerais toute mes responsabilités à ce visage.
   Le visage est thaumaturge : votre visage est esthétiquement parfait, nul doute que vous finissiez dans les bras d’une superbe actrice ; votre visage est celui d’un membre éminent de la vie politique, voilà que les restaurants les plus chics vous reçoivent sans que vous ayez à débourser le premier centime ; votre visage est celui de l’ennemi public numéro un, en cinq minutes tous les hommes en uniforme que compte votre ville braquent une arme sur vous, vous demandent de vous rendre et vous tuent quelle que soit votre décision ; vous possédez le visage d’un comique, au moindre mot qui sort de votre bouche tous ceux qui l’entendent et même ceux qui ne l’entendent pas hurlent de rire, car assurément il faut que ce soit drôle ; votre visage est celui de la mère Michelle, donc vous êtes à la recherche de votre chat ; de Napoléon, et toute l’armée se met à genoux ; de Mel Ferrer, et tous ceux qui ont un ami à venger vous provoquent en duel ; de Cioran, et votre jeunesse a été difficile ; de Lovecraft, et vous écrivez tant de lettres que la Poste est obligée de se mettre en grève ; de vous même, et l’on vous ignore à moins que l’on vous prenne un instant pour quelqu’un d’autre.      
   Je vais tuer Fred Stevens. Pourtant, je crois que ce serait dommage qu’il meure. C’est vrai, il offre une seconde vie aux visages dont il s’empare. Il leur permet d’exister différemment. Pauvres visages ! : on vous colle sans vous demander votre avis sur la tête de n’importe qui et vous voilà condamnés à répéter pour toute votre vie la même palette réduite d’expressions. Il n’y a pas de visages libres. Je considère que Fred Stevens représente à lui tout seul le chef et tout le personnel de la LPLLDV, la Ligue Pour La Libération Des Visages. Je suis conscient que mon visage est prisonnier de mon esprit et de mon corps, et que mon esprit et mon corps sont également ses prisonniers. Mais le visage est un geôlier bien triste, qui ne rêve que de s’évader. Un visage a besoin de fermer les yeux pour ne plus se voir. L’enthousiasme des premiers mois disparaît bien vite au profit de l’ennui et bientôt de l’exécration. Marre de toujours se voir avec les mêmes yeux, dans les mêmes glaces, d’habiter au même endroit. Les visages n’ont pas le droit de déménager. Ils ne peuvent pas être locataires : ils sont obligatoirement propriétaires à vie. Et ça les barbe !
   Fred Stevens est une légende : tous les récits, toutes les anecdotes que l’on rapporte à son propos, l’ont fabriqué. Son corps est de la même étoffe que nos rêves : il emprunte à nos désirs cachés, aux choses que nous connaissons de vue, sur lui se greffent nos peurs et nos angoisses. Sa chair est oubliée, pétrifiée depuis longtemps par l’Histoire. Le nom de Fred Stevens évoque une statue ou un beau monument, jamais un être humain, jamais de veines et de sang, de cœur et de respirations. Fred Stevens se résume à être Fred Stevens ; il est maintenant tout entier contenu par son seul nom, comme si un nom était capable d’accueillir en lui toute une vie, qui serait évoquée dès qu’on le prononcerait. Mais il n’en reste pas moins qu’une légende n’existe que parce qu’elle a un nom. Nos noms nous prédestinent-ils à devenir des légendes ? Ou bien se contentent-ils de l’accueillir quand celle-ci est née ? Il y a sans doute un peu des deux.
   
Nous sommes le 5 juin 2000 : Paris est une ville du Far West. La mort rôde et je vois des fantômes. Je regarde par la fenêtre de mon appartement du cinquième étage la rue et ses mouvements. Des tueurs sont embusqués à chaque coin de rue. Ils ne cessent de tirer. Des gens meurent à chaque instant puis repartent aussitôt vaquer à leur occupation. Je vois du sang couler sur le bitume, des cervelles éclater, des os être broyés. J’entends des cris, des hurlements. Je suis bien le seul. Ils sont tous sourds et aveugles.
   A quoi ressemblent ces tueurs : à des clochards, à des mendiants, à des pauvres. Leurs regards chargés de haine, plombés de détresse, armés de courage, foudroient les passants plein d’indifférence, qui agonisent un instant, meurent, puis repartent aussitôt. Je vois des fantômes qui hantent les rares hommes qui existent encore, je vois des monstres plein les rues, des étrangers qui ne sont plus chez eux. J’ai peur ; mais je vais tuer Fred Stevens. C’est tout ce qui m’importe.
   Des rumeurs laissent entendre que des gens disparaissent chaque année : des voix orchestrent savamment depuis le poste de télévision ou de radio la dramaturgie du rapt mystérieux d’êtres qui nous sont plus ou moins chers. Mais moi, j’avais du mal à comprendre que l’on puisse disparaître : ce que je voyais, ces gens qui marchaient et qui se faisaient tuer à longueur de journée sans s’en apercevoir, ces gens avaient tous depuis longtemps disparu. La dépouille de ce qu’ils étaient ou auraient pu être, gisait dans un grand cimetière invisible à leurs yeux.
   Paris est une ville du Far West, oui. Une ville fantôme, au cœur de pierre et de verre qui n’irrigue plus les artères et les veines de son anatomie tentaculaire. Je rêve parfois de Paris vivante : c’est une confusion joyeuse et originale, où les corneilles bâillent aux gens, où le loup est un homme pour le tigre, où les pinsons sont gais comme des jeunes filles, où l’homme se fait aussi gros qu’une grenouille, dans laquelle mousse qui roule n’amasse pas pierre, et où l’on n’apprend pas à une grimace à faire un vieux singe. Ce serait des cafés qui déménageraient dans les églises, des églises qui vogueraient sur la Seine, des prisons qui s’envoleraient au dessus de Montmartre… Je vois des rues vertes, tendues de lourds tapis de gazon où les enfants pourraient se rouler en boule, des aires réservées à la méchanceté, la tendresse et l’amitié banalisées, sortant ensemble bras dessus bras dessous. Il y aurait des films projetés contre l’écran du ciel, des cinémas pour y dormir, des restaurants pour prier, des prisons pour danser, des églises pour prendre un bon repas, des salles de classe pour faire du sport, des gymnases pour parler littérature, des parcs pour les voitures. Il y aurait aussi des terrains d’affrontement pour le Bonheur et le Malheur ; le Bonheur casserait les dents au Malheur et ce dernier serait obligé de faire la grimace. Eros tirerait ses flèches après avoir chaussé ses lunettes et la Mort viendrait prendre le thé chez vous avant de vous emmener boire votre ultime Coca-Cola chez elle.
   Je vois une ville où les puces auraient des chiens, où les baleines se barbouilleraient de cosmétiques à base de graisse humaine, où les poissons pêcheraient à la ligne, où les moutons joueraient à saute-bonhomme, où les taureaux planteraient leurs banderilles sur des légions de Torquemadas miniatures, où les chevaux attraperaient les cow-boys au lasso, où la musique se fatiguerait des oreilles, où le ciel, las, s’allongerait sur le sol.
   Je pleure, mes larmes s’attaquent à la Paris-ville-fantôme-du-Far-West afin que je ne puisse plus la distinguer pendant quelque temps. Je ne sèche pas mes larmes : les larmes ont la vie bien trop courte pour que je les supprime. Ce sont les enfants de ma tristesse, ce sont mes enfants ; j’ai besoin de les sentir près de moi. Je suis un père aimant. Pas un tueur d’enfants. Comme si mon sang ne coulait pas assez fort dans mes veines pour me rappeler que je suis humain, j’ai le besoin impérieux des rivières que dessinent mes larmes contre ma chair : elles en ravivent la moindre parcelle. Le chant de leur cours, de même que le frais murmure d’un ruisseau, décuple les sensations de mon épiderme, et mon cœur sous ma poitrine saute à la corde, si vite que j’en tremble. Je suis en vie… quel bonheur !
   Quand j’étais enfant et que je connaissais un vrai moment de bonheur, je me mettais à pleurer. Je croyais alors que c’était parce que je ne supportais pas d’être heureux, au moment même où tant de vivants étaient plongés dans leurs misères intimes. C’était faux. Mes larmes m’enfantent tout comme je leur donne vie. Le bonheur c’est la vie. La vie donne le jour au bonheur et le bonheur produit la vie.
   On croit souvent que le Malheur est l’ennemi du Bonheur. Je n’en suis pas si certain : le Bonheur existe dans l’acceptation de notre Malheur. Notre Malheur, ce serait de rejeter le Malheur. On a besoin de souffrance et de tristesse pour construire du Bonheur. Si le Bonheur était un temple, ses pierres seraient malheureuses.
   Le spectacle de la rue m’oppresse rapidement et je détourne les yeux. Les fantômes me font mal aux yeux. Ils se ressemblent tous : j’ai du mal à les voir, tellement en fait que je suis obligé de plisser les paupières ne serait-ce que pour percevoir leurs silhouettes. Je renonce à ma tentative de fantomologiste. Comme chaque matin, je remets mon projet d’étude à plus tard. Sans trop savoir pourquoi, je sors un livre d’un de mes rayonnages. Je l’ouvre : stupeur. On a cloué toute sa vie en lettres noires contre les pages blanches. Comme il doit souffrir. Je défais le travail du tortionnaire qui a cloué les lettres bien droites et celles-ci reprennent leur liberté, s’allongent, sautent en l’air, se penchent pour observer leurs voisines du dessus ou du dessous, font l’amour.
   C’est un nouveau livre que je mets dans la poche de ma veste. Il frétille de vie, il bouge. Dans la rue, un clochard, anciennement membre de la SPA, m’accuse d’être le bourreau de mon animal de compagnie.
   « Au contraire, dis-je, brandissant le livre comme d’autres brandissent un bouquet de fleurs, je l’ai libéré et c’est une fête pour lui que de sortir un peu. » Chaque jour de la semaine, j’emmène se promener un de mes livres libres, qui me remercie en me faisant de judicieuses remarques quant à son contenu.
   
   7h42mn : je m’arrête à la porte d’un café, hume un instant l’air du petit matin déjà plein de la fumée des véhicules automobiles et des cigarettes, rentre, m’accoude au comptoir et demande : « Un sucre sans café et une lune entière, s’il vous plaît, pas un croissant. » Je vais m’asseoir à une table située juste à côté d’un escalier dont les marches plongent vers les WC. Trois minutes et le bruit d’une chasse d’eau plus tard – plus, en bonus, la vision d’un jeune homme mal rasé qui sent le parfum – je suis servi. La lune entière coûte le même prix que le croissant et il y a beaucoup plus à manger. Je bois mon sucre sans l’affreuse odeur du café et mords à pleine dents dans la chair de ma lune.
   « Excusez-moi ( c’est une jeune femme au sourire ligoté sur les lèvres qui me parle ). Qu’est-ce que vous mangez ?  On dirait un croissant mais en plus gros. »
   « C’est une lune, mademoiselle. »
   « Une lune ! » On dirait qu’elle me prend pour un fou.
   « Oui, c’est bien ce que je viens de dire… une lune. »
   « Ah bon ? Et ça coûte cher ? »
   « C’est le même prix qu’un croissant. »
   « C’est surprenant ! Et bien, merci ! » La jeune femme se dirige vers le comptoir, commande sa lune et n’obtient qu’un croissant. Son sourire enfin détaché, elle se retourne, visiblement furieuse, et vient se planter devant ma table.
   « Je n’ai pas demandé de croissant », fais-je d’une voix désinvolte.
   « Ne faites pas le malin. Il n’y a pas de lune ici. » De loin, le serveur m’adresse un clin d’œil. « Alors, vous apportez vos pâtisseries sur vous et vous venez les manger au café. C’est interdit, ça, jeune homme ! »
   « Allons, asseyez-vous, vous me donnez mal à la tête avec vos talons. » Elle ne comprend pas le sens de ma réplique, mais elle s’assoit. A cet instant, je me lève, finissant ma gorgée de sucre sans café tout en terminant d’avaler  ma dernière bouchée de lune.
   « C’est dommage, fais-je, pour le même prix vous auriez pu avoir la lune. » Ses yeux s’écarquillent ; sur son visage se combattent la Colère, l’Incompréhension et la Surprise. Je ne m’attarde pas : je n’ai aucune envie de savoir laquelle des trois va étaler les deux autres sur le champ de bataille.

8h moins 1mn : Les battants transparents s’ouvrent devant moi, juste avant que je ne les percute de plein fouet. Je n’ai jamais compris pourquoi on construisait des portes presque invisibles aux yeux, sauf peut être afin de faire croire qu’elles n’existent pas, que la rupture entre l’espace du dehors et l’espace intérieur est factice. C’est possible. Toujours est-il que mon entrée au bureau me donne la chair de poule et que je me sens prêt à battre des ailes pour m’envoler loin d’ici. Après quelques pas, je parviens dans une galerie blanche, au sol blanc, aux murs blancs sur lesquels sont accrochés des tableaux d’Ivan Vani, un soit-disant artiste italien, qui a peint plusieurs toiles intitulées : impressions de blancheur. Le plafond aussi est blanc, constellé de lampes qui diffusent une pâle clarté. J’ai l’impression d’être un spectre en chemin pour l’Hadès.
La douce mélodie qui indique que l’ascenseur vient de s’ouvrir retentit quelques mètres plus loin, derrière un renfoncement du couloir. Je m’efforce de marcher le plus lentement possible, afin que si quelqu’un se trouve présent devant l’ascenseur, il ait le temps de monter, sans pouvoir s’apercevoir que j’arrive. Je déteste me retrouver nez à nez avec l’un des nombreux fantômes qui arpente quotidiennement la saine géométrie de l’immeuble au troisième étage duquel se trouvent les bureaux impeccables de l’entreprise dans laquelle je travaille.
Je flâne dans le couloir, fais semblant de m’intéresser à la blancheur ambiante, aux tableaux et à leurs nuances si subtiles qu’il m’est impossible de les distinguer. Des pas retentissent derrière moi. Je n’ai pas de chance. Je demeure en feinte expectative devant une des toiles vides, espérant que la personne – qui que ce soit – me dépasse vite et s’engouffre dans l’ascenseur sans un regard en arrière.
« C’est toi ! » La voix d’une des filles qui travaille à ma boîte m’oblige malgré moi à me retourner. Elle s’appelle Julie, a des yeux verts comme un étang ; sa longue chevelure blonde aux reflets roux, automnale, me fait songer à ma forêt bien-aimée. Elle porte un tailleur blanc et une veste blanche également. Ses chaussures à talons rehaussent sa taille des quelques centimètres nécessaires pour qu’elle se sente à l’aise. Son visage porte des traces de maquillage, ses lèvres légèrement rouges du sang d’un quelconque animal dévoré par l’industrie des cosmétiques. C’est peut être à cause de ça que le sang m’attire.
« Salut ! Alors, comment vas-tu ce matin ? »
« Merci, mais je n’ai pas besoin d’être sauvé. La culture judéo-chrétienne n’a jamais réussi à m’imprégner de la moindre fragrance de péché. »
« Très spirituel. Dis donc, tu as l’air en forme ce matin. »
« Non, non, en vérité, je ne me sens pas très bien. Je voudrais partir loin d’ici ou alors me jeter par la fenêtre du bureau. »
« Allons, qu’est-ce qui t’arrive ? Ne me dis pas que tu es encore en phase dépressive. »
« Je ne sais pas ; mon sourire se fait la malle dès que je réussis à l’attraper. Et puis tout ce blanc m’écœure. Ecoutes, je ne dis pas ça contre toi, mais je ne supporte plus cette propreté douteuse, je me demande ce que cela cache. J’ai envie de vomir pour redonner quelques couleurs aux lieux. C’est vrai, on se croirait dans un hôpital ; la déco a l’air d’exister dans le seul but de nous affirmer que tout va bien, que nous ne sommes pas malades. Mais c’est faux. Ne vois tu pas, Julie, tous ces cadavres derrière les murs, tout ce sang qui ruisselle et chante sa triste mélopée ! »
« Voilà que tu as des visions, maintenant. Tu devrais retourner chez ton psy, il te remontera le moral. Ce n’est pas bien de voir la vie en rouge. »
« Déjà mieux que de la voir en rose, avec tous ses éléphants ridicules qui dégoulinent de bonheur. »
« Hum… Je vois que tu as encore assez de forces pour pratiquer ton humour bon marché. »
« Bah, au moins, il est accessible aux pauvres, ce qui est loin d’être le cas de la majorité des bonnes choses qui existent sur cette terre. »
« Tu montes ? » L’ascenseur vient de se signaler par sa mélodie, blanche ou rose, insipide en tout cas. C’est une cage en verre, entièrement transparente, sans doute pour que tout un chacun puisse nous dévisager comme les animaux de cirque que nous sommes, qui monte au travers d’un conduit cylindrique ; un peu comme un aliment qui remonterait dans la gorge d’un géant au lieu de descendre. Je mets les pieds avec réticence sur le sol transparent de l’ascenseur et regarde l’index droit de Julie appuyer sur le bouton à coté duquel un trois doré à la feuille d’or est gravé. L’appareil est entraîné par ses câbles, en silence, dans les hauteurs du bâtiment. Mes yeux sondent les nervures du sol transparent, comme si l’ascenseur était une plante qui s’élevait vers le ciel pour prendre un peu plus de lumière.
Encore la mélodie : nous sommes arrivés. Un troupeau indistinct me laisse à peine le temps de m’échapper de la cage. Je suis Julie dans le couloir, lui souhaite une journée pas comme les autres, et m’enferme dans mon bureau. Le téléphone sonne aussitôt.
Je décroche en quelques secondes. Une voix tonitruante rugit par l’écouteur, si bien que je crois un instant avoir un lion au bout du fil.
« Eh, tu es déjà là. Félicitations. Moi je suis encore dans mon canapé en train de regarder Matin Bonheur ; fichtre, cette émission me donne le bourdon. Je crois que je vais éteindre pour écouter les oiseaux gazouiller. Alors, Qwad neuf ! ( Toujours ce même code horripilant ) Moi, j’ai fait l’acquisition, hier soir, d’un superbe perroquet : depuis, je n’arrête pas de lui lire du Shakespeare, du Wilde, du Emily Dickinson, du Baudelaire ou du Martin. »
« Tu veux dire Loïc Martin ; ce type qui raconte l’histoire d’un gars qui passe des vacances dans un ascenseur. » Je soupire.
« Tu connais ; c’est formidable ! Surtout son dernier – enfin, je crois que c’est son dernier – Une parfaite journée parfaite. »
« Ouais, avec le coup du requin dans l’estomac ! Et puis cette belle phrase tendre : Il y a six mois, l’hiver couchait le jour plus tôt pour ne pas qu’il attrape froid. »
« Ma parole, c’est toi que j’aurais du acheter, pas mon perroquet ! »
« Bon, je te laisse. Si tu veux, on reparlera de tout ça bientôt… chez toi ? »
« Ca marche. Ce soir, six heures ? »
« C’est presque parfait. A ce soir. »
Je raccroche. Mes pas m’ont mené devant la fenêtre qui donne sur le parc très correct qui est situé au bas de l’immeuble, côté sud. Des enfants s’amusent bruyamment, se roulent sur la pelouse interdite mais si tentante. Une femme est assise seule sur un banc de couleur verte au dossier curieusement courbe. Elle ne porte pas de sac, ne lit pas son journal, n’est pas plongée dans un livre de poche. Je connais peu de gens capables de sortir seul sans un objet à quoi se rattacher. Le monde est si angoissant, comme un lac lisse et froid, dans lequel il est tellement facile de se noyer si l’on n’y prend pas garde. L’objet, familier, sert de bouée de sauvetage, on peut s’appuyer sur elle et battre des jambes pour gagner la rive le plus vite possible. J’ai connu un homme qui lisait trois pages par minute tellement il avait peur que le monde ne le rattrape. J’ai entendu l’histoire d’un autre qui s’accrochait à sa voiture à l’aide d’une corde extrêmement fine mais particulièrement résistante, longue de plus d’une centaine de mètres, un peu comme un cordon ombilical qui le reliait en permanence à cet objet qui lui tenait lieu de famille au grand complet.
Récemment, j’ai vu un film qui m’a terrifié. Ca ce passe à Venise, avec un Donald Sutherland plutôt jeune, les cheveux bouclés. Sa fille se noie dans un étang ; elle est en ciré rouge. Le personnage incarné par Sutherland possède un don proche de la prescience ou de la seconde vue. Il sait que sa fille est en danger de mort, il sort de la pièce où il travaille mais il arrive trop tard. Plus tard : Venise. Deux femmes, dont une est aveugle et médium, rencontrent l’épouse de Sutherland. La médium prétend entendre la voix de la jeune fille : celle-ci est joyeuse. S’ensuivent de longues péripéties dans une Venise glauque et sinistre : le film termine après que le personnage de Sutherland se soit fait tuer par un être énigmatique et difforme, vêtu d’un ciré rouge et qu’il poursuit longuement, hanté par le souvenir de sa fille noyée. Je n’arrive pas à oublier la violence silencieuse de cette fin : je crois me rappeler qu’il n’y a pas de musique et qu’aucune parole n’est prononcée. Rarement mort m’a parue plus inacceptable que celle-ci. Rideau.
La femme est encore sur son banc. Du doigt, je caresse l’air autour de sa personne. Bien sûr, je suis trop loin pour qu’elle sente quelque chose, mais l’impression de proximité que je ressens pendant un bref instant pallie la distance. Je bâille à m’en décrocher la mâchoire, m’assoit sur mon siège et commence à travailler. Le temps passe en douce, sans que je le remarque. Notez que j’ai mis des pièges partout dans mon bureau pour l’attraper, mais en vain. Je fais semblant de me plonger dans mon courrier, puis lève soudainement les yeux. Je perçois une légère distorsion dans l’air ; il est toujours trop tard. Ah, si seulement je réussissais à le prendre, rien qu’une fois, je lui demanderai de faire passer les moments pénibles à toute vitesse et de rallonger indéfiniment les autres.
Mais peut être lui demanderais-je de ne rien changer à ses habitudes. C’est vrai, le temps est un mystère tellement agréable, et je n’ai nulle envie de le déflorer. De toute façon, il ne tombera jamais dans mes pièges. Je me remets à l’ouvrage sans pouvoir m’empêcher de le guetter. Mon estomac proteste : voilà qu’une heure de l’après midi est déjà passée et je ne l’ai pas vue venir.
Je sors de mon bureau en laissant la porte grande ouverte. J’adore les voleurs, ils viennent mettre un peu d’ordre dans les montagnes de papier qui poussent sur ma table. Quelques individus, hypnotisés par leurs ordinateurs, ne me voient pas me hâter vers l’ascenseur. Je soupire de soulagement en constatant que je suis seul. Ca y est, je me souviens : je quitte après une heure afin de n’avoir personne avec moi dans l’ascenseur. La petite mélodie : je monte et appuie sur le bouton qui correspond aux initiales RdC. Je quitte le couloir blanc et bientôt l’immeuble. La rue est déserte : je vois plein de monde qui n’existe pas. Je me dirige vers mon restaurant habituel, le Lady Clémence : des clients qui n’ont pas réservé attendent devant la porte d’entrée. Ils me poignardent du regard, comme s’ils pouvaient me clouer sur place.
Je prends place à ma table habituelle, sans en référer à quiconque. C’est une vieille tradition, et tout le personnel la respecte. En face de moi, une lettre est posée sur la table. Je trépigne d’impatience en me demandant ce qu’elle contient. Chaque jour, j’écris sans faute à ma table et elle me réponds. L’homme chargé de me lire la réponse de ma table me salut, ramasse délicatement la lettre, l’ouvre, en sort un simple feuillet portant des traces d’écriture sur son recto. J’essaie de deviner les mots avant de les entendre.
« Mon cher toi, tu es maintenant assis et tu attends que je te dise quelque chose. Aujourd’hui, je me suis faite belle : vois-tu cette nappe aux broderies délicates. Ne croirais-t-on pas que je vais au bal. Veux-tu bien te lever et danser cette valse avec moi ? »
Comme j’hésite à me lever l’homme continue : « Allez, mon bon ami, ne te fais pas prier. J’attends ce moment depuis si longtemps. Tu ne peux pas me refuser ça, non ? »
Aussitôt je saute sur mes jambes et le Beau Danube Bleu déverse ses harmonies virevoltantes dans la salle de restaurant. Je prends ma table par les pieds et nous dansons, nous dansons, nous dansons, jusqu’à ce que j’en ai le tournis, jusqu’à ce que le monde ne ressemble plus à rien d’autre qu’à des formes aimant à se chevaucher pour donner naissance à leurs rejetons hybrides. Les gens ont des lampes dans l’estomac et m’évoquent des poissons abyssaux. Ma table et moi-même formons une variante moderne du centaure : ses quatre pieds tambourinent contre le sol tandis que je hennis de joie.
Notre danse terminée, je vais m’attabler et je mange en silence. Puis je retourne au bureau. Je travaille. Le temps ne se laisse pas prendre au piège et passe avec une lenteur terrifiante. J’ai peur un moment qu’il ne m’ait oublié. Mes craintes découragées par la sonnerie de ma montre, réglée sur 17h33, heure invariable à laquelle je quitte le bureau, je me lève et jette un coup d’œil par la fenêtre. La femme de ce matin est encore là. Curieux. Je décide d‘en avoir le cœur net.
Le regard dirigé vers le grand chêne qui pousse au bord d’un petit lac artificiel, la femme semble absente. Serait-ce encore un des ces fantômes qui hantent les rues de la capitale ? Je lui pose la main sur l’épaule, la secoue légèrement, puis de plus en plus fort. Brusquement, la femme se détend et se met sur ses pieds. Elle braque ses yeux violets sur les vertes fenêtres de mon âme – que j’ai pris soin de dissimuler convenablement. On ne sait jamais : ce pourrait-être un démon !
« Ô merci, merci !! » Elle se jette dans les bras de l’inconnu que je suis pour elle. Mon cœur s’emballe : l’électricité du coup de foudre parcours mon corps et mes cheveux se dressent sur ma tête.
« Ne criez pas grâce, je ne vous veux aucun mal ! » dis-je sans savoir pourquoi.
« Merci… » répète-t-elle avec tout juste un peu moins de conviction.
« Mais c’est tout naturel ». Je la repousse gentiment loin de moi pour éviter de me mettre à l’embrasser passionnément.
« Sans vous, je crois que je n’aurais jamais pu revenir. J’étais complètement perdue. C’est la première fois que je vais aussi loin. A l’avenir, j’essayerais d’être un peu plus prudente. Hum… je vois que vous ne comprenez pas tout. C’est pourtant très simple. Il y a plusieurs millénaires de cela, Paris n’était autre qu’une magnifique forêt, et des tribus habitaient dans les branches des grands arbres. Cette forêt vit encore. Oui, c’est la vérité. J’ai mis un certain temps pour m’en apercevoir. La révélation s’est produite un jour que je somnolais sur ce même banc que vous voyez à côté. Ma main caressait une matière soyeuse, sentait pulser sous la pulpe de ses doigts une vie fragile. Je croyais m’être endormie, mais je constatai vite que ce n’était pas le cas. Bien que je ne visse rien, ma main sentait la présence de la forêt. Savez vous pourquoi ? »
« Non », répondis-je béatement, tout mon être suspendu à ses lèvres.    
« Voyez-vous ce chêne, et bien, ce n’est pas ici qu’il est né. Il a vécu jusqu’à l‘âge de quinze ans dans une forêt du Morvan, jusqu’au jour où des hommes sans scrupules décidèrent de le déplacer pour l’agrément de ce parc parisien. L’air pollué le faisait tousser toute la journée, il avait mal aux yeux. Il a voulu se suicider, mais on l’en a empêché. Alors, il s’est mis à rêver, et dans ses rêves, il a réussi involontairement à contacter l’esprit des Grands Ancêtres Arbres de l’antique forêt qui vivait ici avant Paris. Maintenant, il voyage en compagnie de ses Grands Ancêtres – il a appris que son pèremère descendait d’eux en ligne directe – et a fait le vœu de rebâtir spirituellement l’architecture végétale dans laquelle ils ont connu tant de bonheur. Depuis un an, j’arpente les sentiers touffus de la forêt en train de naître, en accord avec Dendron. »
« Denquoi ? »
« Dendron. C’est le nom du chêne ; ça signifie arbre en grec ancien. »
« C’est vraiment étonnant ! Savez-vous que je communique depuis plusieurs années avec Hécate. C’est une table très compréhensive, à qui j’écris une lettre tous les jours et qui me réponds de même. »
« Une table, quelle drôle d’idée ! »
« Ne vous moquez pas. C’est la seule avec qui je peux parler sérieusement. Les autres personnes me rient au nez, sans vergogne, les grosses bêtes qu’ils sont ! »
« Excusez-moi, je ne me moquais pas. Les gens ont presque toujours la même réaction quand je leur parle de Dendron. »
« Est-ce que… hum… Je suis gêné de vous demander ça, mais Hécate est en chêne, et elle garde dans ses veines une vague mémoire de son existence en tant qu’arbre. Je suis sûr que ça lui ferait plaisir de rencontrer Dendron. Vous n’y verriez pas d’inconvénient ? »
« Non. Je suis certaine, au contraire, que Dendron serait ravi de pouvoir discuter avec un de ses frèresoeurs, malgré que les hommes l’aient un peu transformé. Quand voulez vous qu’ils se rencontrent ? »
« Le plus tôt possible serait le mieux ; Hécate est un peu déprimée en ce moment et ça lui ferait le plus grand bien de converser avec Dendron. »
« J’espère qu’ils s’entendront. Dendron a un sacré caractère, mais, au fond, son cœur regorge de sève aimante. »
« Je vous serais infiniment reconnaissant si vous lui en parliez dès maintenant. »
« Je suis épuisée. Je préférerais attendre demain. »
« Ô, je comprends. Je ne voulais pas… »
« Laissez, ça n’a pas d’importance. Dites moi, vous faites quelque chose, mettons demain soir. »
« Je ne vais vous mentir : non,  je n’ai rien de prévu et… mince… »
« Quelque chose ne va pas »
« J’ai complètement oublié de passer chez Mercutio. »
« Mercutio ! On dirait une pièce de Shakespeare. »
« C’est cela même. Il prétend que Tybalt a manqué son coup et qu’il est encore en vie. Il me parle de ses rêves, de la reine Mab, d’un écureuil menuisier et du carrosse des fées. Il vient d’acheter un perroquet à qui il lit du Shakespeare et du Emily Dickinson. Enfin, tout cela pour dire que j’avais rendez-vous avec lui à six heures et qu’il est la demi passée. »
« Et pour demain soir… ? »
« Bien sûr ! Heu… j’ai très envie de vous revoir. Je passe vous prendre à six heures trois ici ? »
« Six heures trois… ça sera parfait ! »
« Alors, à demain. »
« A trois mains si vous préférez. » Un sourire manque me dévorer tout le visage. Je fais quelques pas, la regarde au fond de ses yeux dont les améthystes ont copié la couleur. Je lui adresse un dernier salut du bras et fais volte-face.
« Dernière édition: 17Août, 2009, 10:45:35 par Nico du dème de Naxos » Journalisée
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