Rédigeant actuellement un petit scénario M+C pour le 18e concours, je me suis trouvé tout à coup plongé dans une masse de matière très intéressante mais au final beaucoup trop vaste pour une scénario au « format concours ». Résultat je me suis recentré sur quelque chose de beaucoup plus basique. Il n’empêche, les quelques idées qui m’avaient effleuré l’esprit pourraient aider à constituer, je pense, un gros scénario, voire même une petite campagne pas trop mal.
Le point de départ serait l’assassinat en 1174 du Sénéchal du Royaume de Jérusalem, Milon (ou Miles) de Plancy à Saint-Jean d’Acre. En toile de fond, une tentative (fictive évidemment) des marchands pisans et vénitiens pour chasser les Génois de la ville et prendre le contrôle du commerce. Rappelons que les Génois ont droit à un « traitement de faveur » de la part des autorités parce qu’ils avaient apporté le concours de leur flotte lors du siège et de la prise de la cité en 1104.
Parenthèses historique : Centrons-nous un petit moment sur la personne de Milon de Plancy, Sénéchal du royaume depuis 1168. En 1174, il est au faîte de sa gloire (même si elle ne durera pas). Une année auparavant, il avait épousé Etiennette de Milly, fille de Philippe de Milly, veuve d’Onfroi de Toron et future épouse d’un certain Renaud de Châtillon. De ce fait, il devenait Seigneur de Montréal et d’Outrejourdain, seigneurie clé de la défense de Terre Sainte, car contrôlant d’une part les caravanes à direction de la Mecque et coupant la Syrie de l’Egypte d’autre part, sous contrôle de Saladin. De facto, il devenait l’un des hommes les plus puissants du Royaume.
A la mort du roi Amaury, survenue quelques mois plus tôt, il était devenu tacitement le régent du royaume, le petit Baudoin IV n’étant pas encore en âge de gouverner. Nous savons que Guillaume de Tyr ne l’aimait pas, le jugeant querelleur et orgueilleux. Il ne tenait aucun compte de l’avis des barons natifs d’Orient, n’hésitant pas à les insulter. Le résultat ne se fit pas attendre : Raymond III de Tripoli monta à Jérusalem et réclama la régence, en tant que plus proche parent du roi, appuyé en cela par la majorité des barons, qui étaient scandalisés par l’attitude de Milon.
En octobre 1174, Milon est assassiné à Saint-Jean d’Acre. On ne sait pas ce qu’il était allé y faire. Certaines sources (les Annales de Gènes par exemple) montrent du doigt Gautier III de Brisebarre et son frère, Guy de Brisebarre, les seigneurs de Beyrouth, apparentés à Etienette de Milly et qui s’estimaient lésés du fief de Montréal. Il est clair que le premier bénéficiaire de cette mort était Raymond de Tripoli. Il est donc possible, comme le suggère Guillaume de Tyr, que les frères Brisebarre aient été "incités" à commettre ce meurtre par les opposants à Milon de Plancy. Il n’y eut jamais de preuves de l’implication de Raymond de Tripoli.
Fin de la parenthèse historique.Entrons maintenant de plein pied dans le monde de la fiction.
Dans le LdB de M+C, il est dit que le roi Amaury décéda d’une dysenterie après avoir bu du vin offert par un marchand pisan. Intéressant…

En effet, dans mon esprit,
j’aimerais relier la mort d’Amaury à Milon de Plancy, et la mort de ce dernier à la tentative de « putsch anti-génois » à Saint-Jean d’Acre.Milon pourrait avoir été le commanditaire de la mort d’Amaury, pour devenir régent et prendre le contrôle du royaume, quitte à tuer le petit Baudoin et tous ceux qui se dresseront sur sa route. Le hic c’est que les pisans ont la mémoire tenace ! Ils rappellent à Milon qu’ils l’ont aidé à « régler le problème Amaury ». Ils ont maintenant besoin de son aide (mais laquelle ?) à Saint-Jean d’Acre pour évincer les Génois. Quitte même à lui faire un peu de chantage, s’il se montrait réticent. Milon s’exécute et part pour Acre. La suite, on la connaît…

Les frères Brisebarre prendraient tout le monde de vitesse en tuant le sénéchal !
Acre me semble un endroit particulièrement intéressant pour un scénario de type « complot ». En effet, les quartiers marchands sont très vastes, et ces derniers occupent des rôles centraux dans la gestion de la ville, qui était sauf erreur le premier port de « Terre Sainte ». Mais elle présente aussi un autre intérêt : c’est surtout une ville qui appartient aux Hospitaliers. A l’époque, le Temple siège encore à Jérusalem et est minoritaire à Acre. Cela accentuerait le côté de danger et le besoin d’adopter un profil bas et de la discrétion.
Si on voulait encore complexifier l’intrigue, on pourrait imaginer que les pisans et les vénitiens ont passé un accord avec un riche marchand génois qui doit se livrer à une trahison, mais qui évidemment se ferait trahir par ceux qu’ils croyaient être ses alliés.
Il faudrait aussi que les marchands dressent templiers et hospitaliers les uns contre les autres (j’avais en tête une chapelle templière « profanée » et dont la fresque représentant le Christ entourés des apôtres aurait été gribouillée, à l’exception du visage du Christ et de celui de Saint Jean, patron des Hospitaliers…), pour avoir les coudées franches.
Ce scénario pourrait mettre les frères aux prises avec la réalité marchande de l’époque et le fait que malgré leurs intrigues le royaume a besoin des marchands. Il faut des fois sacrifier ses idéaux sur l’autel de la « realpolitik »… En y allant petit à petit, ce pourrait être l'occasion de leur faire découvrir ce microcosme sans les submerger.