Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Naufrage du bac bis  (Lu 8450 fois)
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Usher
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« le: 11Septembre, 2007, 16:52:59 »

A la fin du mois de juin, j'ai ronchonné sur le forum provisoire à propos de la farce qu'est devenu le bac : une sorte d'école des fans où le but est de brader l'examen au plus grand nombre de candidats…

Tout à l'heure, en musardant dans un rayon de librairie, je suis tombé sur le bouquin d'un universitaire qui a eu la même réaction que moi, face au bac 2007, mais qui, fort de l'autorité dont il dispose - c'est le président de la Sorbonne - a décidé de sortir un pamphlet pour sonner le tocsin. Il s'agit de Stop à l'arnaque du bac Plaidoyer pour un bac utile, de Jean-Robert Pitte, chez Oh Editions.

Son propos rejoint complètement l'avis que j'exposais en juin. Ainsi, en quatrième de couverture (extrait) :

Citation
Le bac est devenu une imposture. Le niveau du bac baisse d'année en année : sa médiocrité est entretenue par la complicité des correcteurs et le renoncement des responsables de l'Education nationale (…) Jean-Robert Pitte, président de l'Université Paris-Sorbonne, sort de son devoir de réserve. Il nous alerte sur le naufrage du bac qui, à terme, peut faire sombrer tout un pays. Il est urgent de sauver de la déroute des centaines de milliers de lycéens, victimes chaque année de ce dévastateur mensonge d'état.

J'ai lu les premiers chapitres du bouquin. Après avoir dressé un bilan des différentes tactiques employées par l'Education nationale pour bidonner les résultats de l'examen, J. R. Pitte dénonce l'arrivée massive en université d'étudiants inadaptés pour ce cursus. Il ose faire ce que, par déontologie, je m'étais abstenu de faire en juin : il cite une copie d'étudiant en 1ère année de géographie qui parle d'elle-même quant au laxisme avec lequel on donne désormais le baccalauréat.

Je vous cite cet extrait de copie, tel que l'a reproduit J. R. Pitte.

Le sujet était Ruraux et pays agriculteurs dans les pays développés, que l'étudiant avait recopié ainsi : Ruraux et pays agriculteur dans les pays développé.

L'étudiant a noté (et je reproduis fidèlement) :

Citation
Les pays développés sont des ruraux avant tout, mais un pay a besoin de l'agriculture, qu'il soit développé ou pas. Même si ce n'était pas le cas cela causerais des degat pour des débats économique et social du pay qui peut être en crise sans agriculture il sera obligé d'exporter de l'étranger ce qui n'est pas bénéfique. Il y a beaucoup de verdure, des arbres qui sont relié à des ruisseaux. Ont peut rencontrer des plaines et des plateaux, des montagnes, on retrouve des espaces dans les campagnes à la périphérie des villes ou alentours il y a des habitats et des agriculteurs qui vivent de leurs récoltes qui sont assez conséquentes et qui leurs apporte assez pour bien vivre, comparez à d'autres agriculteurs qui ont travaillé la terre et utilisent des nouvelles méthodes de cultivation.

On pourrait se dire que le polémiste a choisi de façon très malhonnête une copie catastrophique.
Mais je peux vous dire, d'après mon expérience de correcteur, qu'il a reproduit ici une copie très représentative du niveau moyen au baccalauréat. Un candidat qui écrit ainsi, et qui se serait fait jeter il y a dix ans, a des chances très raisonnables d'être bachelier, voire d'être bachelier avec mention !

Usher, vieux réac.
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« Répondre #1 le: 11Septembre, 2007, 17:25:07 »

C'est quelque part entre effrayant et hilarant...

Hormis l'énorme contre-sens de la première "phrase", j'ai bien ri sur:

- l'"exportation de l'étranger" : ou importation, pour les vieux schnocks...
- les "arbres reliés aux ruisseaux" : attention aux chutes, lors des balades !
- les "campagnes à la périphérie des villes" : bravo pour ce mot difficile( ), mais quel égocentrisme !
- les agriculteurs "qui vivent de leurs récoltes [...], comparez à d'autres agriculteurs qui ont travaillé la terre" : c'est sûr, "cultivationnage" sans récoltationnage, ça rapporte moins ! 

Soyons positifs : le bon côté de la chose, c'est que ça me donne l'impression de faire partie d'une élite
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« Répondre #2 le: 11Septembre, 2007, 18:08:16 »

C'est vrai que le Bac est censé être le premier diplôme de l'université. Ensuite, les élèves s'y débrouillent tant bien que mal, de rattrapage en rattrapage, jusqu'à ce qu'arrive une véritable épreuve sélective.
En Sciences Humaines et en Lettres, il s'agit du Capes, et j'en ai vu tomber de très très haut. Beaucoup de gens ont des connaissances, mais ne savent pas s'exprimer à l'écrit. Or, les correcteurs sont très sensibles à ça.
Exemple inverse : quand j'avais passé le capes la première fois, la question qui n'était pas au programme de l'agreg était tombée (en géographie). Comme je me débrouille plutôt bien en rhétorique et que j'ai des bases solides en Géo, j'ai quand-même écrit quelque-chose, sans rien savoir du sujet qui était pourtant pointu (les risques dans les territoires urbains en France), et j'ai eu 6, c'est-à-dire un point de moins que 7, la barre d'admissibilité (et j'ai été admissible car il y a deux épreuves). On en arrive donc à un point, dans le supérieur, où une copie bien écrite et solidement argumentée, mais pleine de vent, peut presque valoir au candidat d'être admissible à un concours de l'enseignement ! 
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« Répondre #3 le: 11Septembre, 2007, 18:22:15 »

Entendu à la radio il n'y a pas si longtemps (quelques semaines après que Pujadas se fut esbaudi devant les 83.3% de réussite) : pour la section scientifique, en épreuve de math, les erreurs de calculs ne doivent pas être sanctionnées...

 
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« Répondre #4 le: 11Septembre, 2007, 19:12:14 »

Entendu à la radio il n'y a pas si longtemps (quelques semaines après que Pujadas se fut esbaudi devant les 83.3% de réussite) : pour la section scientifique, en épreuve de math, les erreurs de calculs ne doivent pas être sanctionnées...

 

Ça veut dire, et ça ne me parait pas complètement idiot, qu'il ne faut pas enfoncer un candidat qui a un raisonnement juste (donc qui a compris le sujet) sous prétexte qu'à un moment il a fait une erreur de calcul (donc qui a été étourdi).
Ça signifie donc qu'on privilégie le fond à la forme.

Déjà de mon temps , on avait des points en maths et en phy si le raisonnement était juste, même si le calcul final était faux.
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« Répondre #5 le: 11Septembre, 2007, 22:37:03 »

Tout à fait vrai ce que vient de dire Cultösaurus, moi c'est comme ça que je fais ...

Sinon, pour l'entrée en seconde les élèves reçoivent pour leurs vacances un fascicule de travail dans plusieurs matiéres dont les maths.
Il y'a peu je ramasse ces fascicules pour voir leur niveau;  l'un de mes élèves me refillent au passage les autres matiéres et pour le français il a lu le seigneur des anneaux et là surprise :
Frodon est un obbit, Galadriel est la reine de la forêt noire et une elf....

Donc cette élève a été incapable de citer quelque chose avec le texte sous les yeux sans se tromper ...
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« Répondre #6 le: 11Septembre, 2007, 22:40:36 »

Il y a une différence entre avoir des points et avoir tous les points
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« Répondre #7 le: 12Septembre, 2007, 09:27:41 »

C'est peut-être juste moi, mais ayant étudié la pyschopédagogie dans mon jeune temps, j'ai l'impression qu'on est tellement à côté de la plaque que ça ferait peur de ressabler le système scolaire correctement, par manque de temps et de moyens.

On utilise toujours aujourd'hui des méthodes qui correspondaient bien aux valeurs et au cadre de société de leur époque, mais qui sont loin d'être intemporelles.

Problème: l'éducation est un système vaste et complexe, bourré d'éléments qui s'influencent l'un l'autre, et le principe des "classes pilotes", isolées par nature comme un tube à essai, a donc autant d'efficacité qu'une luthomiction. Résultat: faisons comme avant.

Mais avant, e.g. dans un foyer, quand tu faisais pas ce qu'on te demandait, c'était la trempe en travers de la face. Maintenant, le refus d'autorité est une constante sociétale. Je ne pense pas que ça soit mauvais en soi, mais ça demande de redéfinir pas mal de choses, dont notamment le rapport au savoir et à l'éducation.

Ca et d'autres facteurs du même accabit rendent les deux extrémités du tube complètement déconnectées des objectifs du système (qui est quand même rendre moins cons les jeunes): à l'entrée, les élèves n'en ont rien à foutre et, vu que l'éducation est toujours normative, font ce qu'on leur demande pour avoir leur résultat et à la sortie, les normateurs descendent sans arrêt la barre pour permettre au système scolaire de tenir debout en l'état.

Résultat (et je n'invente rien): des universitaires incapable de pondre un papier sans fôte d'ortografe et à qui on doit rappeler ce qu'est un nombre premier. Quelque soit la faculté, c'est quand même catastrophique.

Etant donné qu'on donne de moins en moins de sous à l'éducation, et que le petit Nicolas n'a pas l'air de vouloir autre chose qu'un bon gros normatif des familles pour aller direct de l'école à l'usine, c'est pas demain la veille qu'on va changer le papier-peint.


EDIT: orthographe, fatalement 
« Dernière édition: 12Septembre, 2007, 10:00:21 par Le Comte » Journalisée

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« Répondre #8 le: 12Septembre, 2007, 10:28:50 »


Il faut voir les choses du bon côté.

Quand il y aura besoin de greffes de cellules cérébrales, ces bacheliers à la tête pleine de vent pourront annoncer : "Vends cerveau, 1 280 g - très peu servi, comme neuf."




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« Répondre #9 le: 12Septembre, 2007, 10:44:35 »

 
(Oui, je sais, je floode, mais je trouve cette annonce vraiment très réaliste. )

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« Répondre #10 le: 12Septembre, 2007, 11:15:10 »

C'est surtout les bacheliers qui floodent, très chère... 

En Suisse voisine, nous avons un peu le même type de problèmes. Je pense que c'est plus générationnel que lié à l'école. Il y a un certain "je-m'en-foutisme" dans l'attitude des jeunes d'aujourd'hui en général et donc des élèves (bacheliers ou plus jeunes). Et fatalement, ça se répercute jusqu'à l'université, où les nouvelles volées d'élèves ont un niveau très insuffisant (et, on l'a vu, c'est dans certains cas cela en devient risible).

Si j'écoutais mon côté conspirationniste et alarmiste, j'aurais envie de crier que cette baisse du niveau est voulue et sciemment entretenue par l'Etat. Dans quel but alors ? Il faudrait appeler Madame Soleil...

Mais en ce moment passe une chanson de Cloclo à la radio et j'ai envie d'être optimiste...
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« Répondre #11 le: 12Septembre, 2007, 11:27:23 »

Quand on cite le je m'en foutisme comme cause, je me demande toujours "pourquoi?"

Pourquoi la haine, la guerre, l'argent, les femmes...

Non, en fait: quelle en est la cause? Je pense qu'on se rend tout doucement compte que la vie qu'on mène tourne un peu à vide. Pourquoi se presser pour aller nulle part?

Si je m'écoutais, je dirais que le chômage n'est pas un problème, mais la solution. Mais on me taxerait d'être un dangereux anarre gauchisse estrémisse. Mais sérieux: avant quand un môme demandait "pourquoi on va à l'école?", on pouvait lui répondre: "pour pouvoir faire tourner les usines". Maintenant, ce n'est plus tellement vrai. Et qu'est-ce qu'on lui répond, au môme?

A la demi-mienne, de môme, je lui lâche "pour devenir moins bête" et, vu le milieu dans lequel elle grandit, elle comprend. Mais pour 90% de sa classe...

Et pas besoin de conspirationisme. Je ne pense pas que l'Etat provoque vraiment la situation. C'est juste qu'elle est là, et qu'il n'a pas envie de faire d'effort pour corriger le tir. Et on en revient à l'aquoibonisme de bon ton.

*chiffre totalement disproportionné et choisi pour des facilités mathématiques au cours du raisonnement.
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« Répondre #12 le: 12Septembre, 2007, 12:16:10 »

La crise scolaire qu'on traverse actuellement en France (je ne me prononcerai pas sur ce qui se passe ailleurs, faute d'expérience) est due à des facteurs multiples.

Dans le désordre :

1. La massification de l'enseignement secondaire. Je veux bien croire que cela a provoqué une amélioration du niveau culturel moyen d'une génération ; mais cela s'est opéré au prix d'un nivellement vers le bas des filières générales, et, ce qui est tout aussi grave, sans une réelle réévaluation des filières technologiques et professionnelles.

2. Une volonté politique : prolonger les études, ça présente deux avantages. Retarder l'entrée des jeunes sur le marché du travail, donc faire baisser artificiellement le nombre de demandeurs d'emploi. Et dans la mesure où quelqu'un qui fait des études (surtout s'il redouble plusieurs années) rentre de plus en plus tard sur le marché du travail, ça rend le problème du financement des retraites à venir un poil moins aigu, dans la mesure où les jeunes qui auront étudié longtemps seront aussi des seniors qui partiront en retraite plus tard…

3. La bureaucratie de l'Education Nationale, qui dilue complètement la chaîne de décision entre le ministre et les enseignants, ce qui donne des situations ubuesques (le ministre dit blanc, le B.O., rédigé par ses subordonnés, dit noir) paralysant le système scolaire.

4. Les parents, qui, compte tenu de la transformation de la société en l'espace de deux générations, attendent de plus en plus de l'école. D'un, nombre de parents attendent de l'école qu'elle élève leurs enfants, et non plus qu'elle les instruise. De deux, les parents attendent de l'école qu'elle joue son rôle d'ascenseur social, en diplômant les enfants ; mais cette pression, relayée par le pouvoir politique, se satisfait de plus en plus de l'attribution d'un diplôme même si les élèves n'ont plus les compétences requises pour le mériter.

5. Les profs, soumis à diverses pressions (inspection, parents, syndicats), qui baissent de plus en plus leur niveau d'exigence.

Tout cela contribue assez largement à l'érosion des savoirs.

Cependant, en ce qui concerne le bac en France, on ne peut contester l'énorme responsabilité du ministère, qui continue à se féliciter de résultats qui ne signifient plus rien, et des inspections académiques, qui font pression sur les correcteurs, de diverses manières, pour relever systématiquement les notes - sauf, peut-être en philo, dernière matière où l'évaluation semble à peu près rigoureuse. Pour vivre les choses de l'intérieur, lesresponsabilités sont très nettes à mes yeux : l'administration de l'Education nationale, à force de faire des calculs à court terme, est en train de saborder le bac, l'enseignement secondaire, et met l'université en difficulté.

Je me répète, mais quand un inspecteur pédagogique régional de français dit aux correcteurs du bac qu'en français, le fond importe plus que la forme, puis ajoute deux minutes après qu'on peut considérer comme justes les poncifs pertinents (c'est-à-dire essentiellement les idées reçues véhiculées par la télévision), cela veut dire qu'on peut donner la moyenne au bac de français à une copie remplie de fautes de langue qui se contente d'enfiler des lieux communs.

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« Répondre #13 le: 12Septembre, 2007, 12:38:02 »

Pardon de la question, qui de prime abord semble certes ne pas avoir de rapport avec le débat, mais quel est/sont le(s) système(s) pédagogique(s) le(s) plus utilisé(s) dans les écoles et lycées français ? Je ne parle évidemment pas ici de l'université.
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« Répondre #14 le: 12Septembre, 2007, 13:25:22 »

Pardon de la question, qui de prime abord semble certes ne pas avoir de rapport avec le débat, mais quel est/sont le(s) système(s) pédagogique(s) le(s) plus utilisé(s) dans les écoles et lycées français ?

L'élève au centre du système éducatif.

Edit : Ce qui signifie que l'élève construit ses propres savoirs. Le prof a une fonction de guide plus que d'enseignant.

Usher
« Dernière édition: 12Septembre, 2007, 13:29:19 par Usher » Journalisée
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