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[Genre] De cape et d'épée (JdR, JdG, inspis, figurines, etc.)
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Xaramis
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
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Répondre #30 le:
14Mai, 2008, 23:49:51 »
Citation de: Dans le mur le 14Mai, 2008, 22:48:22
Tout d'abord :
Chapeau, Monsieur
d :-) !
"Messieurs", il convient de dire "Messieurs", car mon texte n'aurait pas pris la même saveur sans la savante cuisine de Moustrap.
Citation
Un joli panorama, des anecdotes, des illustrations et ton goût particulier pour Alatriste.
Pour l'iconographie, tant les illustrations originales que les autres, le mérite en revient à mon complice susnommé.
Quant à mon goût particulier pour Alatriste, je l'ai clairement professé ici et là, il ne pouvait donc que sous-tendre ce texte.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #31 le:
14Mai, 2008, 23:51:33 »
Citation
Un regret, l'absence d'explication historique plus détaillée sur les affrontements nobiliaires et le rapport à l'Etat qui s'est joué. Est-ce que ça t'intéresserait d'en discuter plus avant ou trouves-tu ça trop spécialisé pour ton aide de jeu ?
Ce panorama visait à présenter des JdR en donnant au lecteur des éléments de base sur chaque jeu et des éléments sur ce qui fait une ambiance de cape et d'épée dans un roman ou un film et, si possible, autour d'une table de JdR.
Pour les autres aspects des univers de cape et d'épée, je crois qu'ils dépassent le cadre du panorama, mais je suis intéressé pour en discuter plus amplement.
Dans les
Songes d'Obéron
n°2, par exemple, j'ai écrit une sorte de billet d'humeur (pages 48-51, dans
ce fichier-là
- attention environ 9Mo pour l'ensemble du zine) dans lequel j'explique qu'à mes yeux, l'idéal chevaleresque des romans courtois n'a quasiment pas survécu dans les romans de cape et d'épée, quand bien même ces derniers mettent-ils en scène des "chevaliers". [Je conseille un coup d'œil appuyé à l'illustration de Moustrap, page 49, qui résume pas mal le propos de mon article.
]
L'autre aspect que tu pointes, plus social, je ne l'ai pas abordé dans le panorama. J'ignore s'il dépasse les frontières françaises, mais c'est en effet un élément important des règnes de Louis XIII et Louis XIV, et même après. Plusieurs héros des romans de Dumas se retrouvent mêlés de près à des rébellions de grands nobles contre l'autorité royale, et parfois dans des camps opposés (par exemple, dans
Vingt ans après
, d'Artagnan et Porthos restent fidèles au roi et à Mazarin, alors qu'Athos et Aramis embrassent la cause rebelle). Ces affrontements entre la noblesse et le roi (ou ses ministres) incarnant l'Etat peuvent servir de toile de fond aux aventures en JdR ; mais ils peuvent aussi être utilisés de manière plus forte, plus profonde, pour modeler la personnalité des PJ (à qui ou quoi va leur loyauté ? Au roi quel que soit le chemin qu'il suive ? A une certaine "idée de la France", pour autant qu'on puisse jouer sur ce registre un peu anachronique ? etc.) et pour tisser des liens entre les PJ, liens d'attraction ou de tension (pour reprendre l'exemple de
Vingt ans après
, les quatre héros se jurent une indéfectible amitié, même s'ils sont dans des camps opposés).
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #32 le:
15Mai, 2008, 00:04:44 »
Un autre aspect que je n'ai pas abordé dans le panorama, et qui cette fois-ci concerne l'Espagne, est la notion d'honneur, totalement indissociable de l'état d'hidalgo. L'hidalgo place l'honneur au-dessus des autres valeurs, peut-être même au-dessus de la "pureté du sang" (un hidalgo, en digne héritier de la Reconquista, ne saurait avoir dans ses veines la moindre goutte de sang maure ou juif).
L'honneur se niche partout, aux yeux de l'hidalgo, et mettre la main à l'acier pour défendre cet honneur est un geste viscéralement ancré dans sa culture : douter de la pureté de son sang, penser qu'il a pu s'abaisser à du travail manuel, porter un regard sur une femme sur laquelle son regard s'était porté avant le vôtre, voilà qui peut vous valoir six pouces d'acier de Tolède dans le ventre.
Religion et honneur sont deux piliers de la société de l'Espagne du Siècle d'Or, tant dans la sphère publique que dans la sphère privée. La littérature de l'époque (tant romans que théâtre) se sert de l'honneur comme ressort dramatique.
Des aventures rôlistiques de cape et d'épée dans cette Espagne du Siècle d'Or (avec des jeux comme
Capitan Alatriste
ou
Lances
) ne peuvent pas passer outre ce point-là.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #33 le:
15Mai, 2008, 11:54:13 »
Citation de: Xaramis le 14Mai, 2008, 23:49:51
"Messieurs", il convient de dire "Messieurs", car mon texte n'aurait pas pris la même saveur sans la savante cuisine de Moustrap.
Oups ! Rectifié.
Citation de: Xaramis le 14Mai, 2008, 23:51:33
Pour les autres aspects des univers de cape et d'épée, je crois qu'ils dépassent le cadre du panorama, mais je suis intéressé pour en discuter plus amplement.
Bien d'accord avec toi sur la réalité de la survie de l'idéal chevaleresque dans les romans de cape et d'épée, j'aimerais appuyer sur un point bien précis, Don Quichotte : Ce personnage réunit deux propriétés et l'une d'elle se retrouve à mon sens dans les autres personnages que tu cites, Alatriste, D'Artagnan, Fracasse et Lagardère.
La première, qui n'appartient qu'à lui parce qu'elle appartient à Cervantès, est la plurarité des points de vue d'un même personnage (Don Quichotte) sur les autres personnages; c'est un point très appréciable car il casse le point de vue unique et monolithique du personnage sur le monde, ce qui le rend autrement plus complexe et profondément humain que d'autres personnages de romans de cape et d'épée unidimensionnels.
La seconde, qui se retrouve chez tous, est l'anachronisme de leur existence : Don Quichotte est décalé et inadapté (sur ce point précis, voyez la partie
Hystérésis de l'habitus
dans
la wikigraphie de P. Bourdieu
); pour ceux que je connais, D'Artagnan et Lagardère, ils souffrent aussi d'un décalage avec le monde, même si ce décalage n'est pas délirant comme celui de Don Quichotte.
Ces deux points font qu'il y a une superbe chez les personnages de roman de cape et d'épée parce qu'ils représentent un certain moment de l'histoire qui meurt lentement par la force des choses dans un monde qui ne les a pas attendus pour changer. Cette superbe tient à ce que ce sont des personnages qui s'attachent à un idéal désuet, qu'ils maîtrisent mal (sauf Athos mais c'est une autre histoire) et qui est finalement inadapté pour faire face à ce nouveau monde. La noblesse d'épée s'est retirée au profit de la noblesse de robe (en gros), des charges sont ouvertes pour le service de l'Etat, des roturiers sont anoblis et l'honneur ne paie plus...
Bref, le monde n'a plus besoin de gens d'épée, l'honneur est au service de l'Etat et de sa
realpolitik
naissante (est-ce que le délirant
Baron de Münchausen
n'est pas le dernier spasme de l'aventurisme d'épée mourant face à la raison d'Etat ?), les personnages sont pris dans des affaires de succession et d'affrontements entre différentes branches nobiliaires : comme tu le rappelles, dans le destin d'Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan sonne le glas de la noblesse d'épée et de la noblesse d'accession au profit des intrigants.
«
Dernière édition: 15Mai, 2008, 13:09:01 par Dans le mur
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Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #34 le:
16Mai, 2008, 10:46:38 »
Pour ce qui est du roman de
Don Quichotte
, je ne le classe pas dans l'univers de cape et d'épée. Si je l'ai abordé dans l'article sur le lien entre romans de cape et d'épée et esprit de chevalerie, ce n'est pas parce qu'il est un roman de cape et d'épée, mais parce qu'il est un tournant.
Au début du XVIIe siècle, le genre de cape et d'épée est encore balbutiant, et il naît surtout dans les "comédies de cape et d'épée" (
comedias de capa y espada
), celles de Lope de Vega ou de Claderon, pour ne citer qu'eux. [Attention : si ces pièces s'appellent "comedias", elles ne sont pas exclusivement comiques et qu'elles intègrent des dimensions plus tragiques.]
Avec son
Quijote
, Cervantes jette le chevalier à bas de son destrier, en pointant notamment que don Quichotte ne cherche pas à être un vrai chevalier, mais uniquement à en avoir l'apparence. Mais le
Quijote
est une œuvre qui va au-delà de ses contemporains chevaliers, puisqu'elle contient également des critiques à peine voilées contre certains grands personnages de son époques (qui se disputent le pouvoir à Madrid ou dans le vice-royaume de Naples), contre les auteurs de théâtre qui privilégient le divertissement alors que Cervantes pensent que le théâtre doit servir à l'éducation du peuple, etc.
[La lecture du roman
Voleurs d'encre
d'Alfonso Mateo Sagasta (paru très récemment
chez Rivages
, pour le bonheur des non-hispanophones qui n'ont pas pu le découvrir en version originale sous le titre
Ladrones de tinta
) apporte à ce sujet un éclairage à la fois docte et passionnant.]
Ce qui est intéressant, dans la naissance des
comedias de capa y espada
, c'est que contrairement aux
comedias palatinas
(les "comédies de palais") existant jusque là, ces pièces de cape et d'épée ne mettent pas en scène les grands aristocrates, la noblesse de palais (souvent dans un royaume imaginaire), mais la petite et moyenne noblesse des villes.
On se retrouve donc avec des personnages différents, nobles eux aussi mais confrontés à des réalités différentes, plus terre-à-terre.
Dans la société, robins et bourgeois se font une place au soleil, et la noblesse d'épée recule, perd sa prééminence dans la société. Elle perd peut-être même son indépendance, enchaînée par des devoirs (notamment envers le monarque) et des dettes financières (envers ses créanciers). Dans l'Espagne de Philippe IV, celle de la première moitié du XVIIe siècle, il y a une sorte de sursaut aristocratique dans la société, sursaut qui se traduit par un repli sur soi et un refuge dans des valeurs "anciennes". L'aristocratie alors représentée dans le théâtre et les romans s'accroche à un certain idéal dont il reste parfois peu de choses dans la "vraie vie". Il me semble que c'est aussi ce qui se passe, peut-être avec quelques décennies de décalage, en France, dans la société et le théâtre ou la littérature.
Finalement, dans les faits et sur scène ou dans les pages des livres, un des éléments par lesquels l'aristocratie va continuer à montrer qu'elle garde la tête haute est son attachement au duel : c'est à la fois une manière de défendre l'honneur de la famille et de l'individu (et d'un certain attachement au code de chevalerie, fait d'héroïsme et de générosité), et une manière de défier l'autorité du roi (le duel ayant fait l'objet d'interdictions - nombreuses et peu souvent respectées - dans différents pays, dont la France et l'Espagne).
Il me semble que ces deux aspects-là du duel et donc, plus largement, de l'épée, sont des piliers du genre de cape et d'épée.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
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Répondre #35 le:
16Mai, 2008, 13:06:14 »
Citation de: Xaramis le 16Mai, 2008, 10:46:38
Pour ce qui est du roman de
Don Quichotte
, je ne le classe pas dans l'univers de cape et d'épée. Si je l'ai abordé dans l'article sur le lien entre romans de cape et d'épée et esprit de chevalerie, ce n'est pas parce qu'il est un roman de cape et d'épée, mais parce qu'il est un tournant.
Exact et je l'ai surtout abordé pour ce qu'il représente d'excessif.
Merci pour le développement sur le recul de la noblesse d'épée. Il me semble que l'aristocratie et son sursaut que tu décris comme un repli sur soi et un refuge dans les valeurs anciennes n'est pas différent de ce que j'écris plus haut. L'aristocratie s'attache à un idéal dont il reste peu de choses et se défend contre le monde du roi et de l'Etat avec l'honneur, la dignité et le fil de l'épée, bref, noblesse oblige.
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Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #36 le:
16Mai, 2008, 15:41:01 »
Citation de: Dans le mur le 16Mai, 2008, 13:06:14
Merci pour le développement sur le recul de la noblesse d'épée. Il me semble que l'aristocratie et son sursaut que tu décris comme un repli sur soi et un refuge dans les valeurs anciennes n'est pas différent de ce que j'écris plus haut.
Je rejoignais ce que tu écrivais, en effet. J'apportais mon regard complémentaire, en ce sens qu'il me semble que la façon de réagir de l'aristocratie espagnole a été différente de celle de l'aristocratie française : d'un côté, le repli sur soi, de l'autre la rébellion ouverte (la Fronde, par exemple), si je simplifie.
Un élément d'éclairage probable de cette différence, me semble-t-il, est que ce début du XVIIe siècle, époque marquante du genre de cape et d'épée (notamment pour les romans qui développeront ce genre aux XIXe et XXe siècles), voit le déclin de l'Espagne tandis qu'il voit la montée de la France :
- l'Espagne de Philippe IV ne sera plus que l'ombre de celle de Philippe II, cet empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. La victoire de Breda, en 1625, est un peu le chant du cygne de la puissance espagnole ; moins de 20 ans plus tard, la défaite de Rocroi symbolisera la chute de l'Espagne ;
- la France, elle, va s'imposer comme la grande puissance des temps à venir (même si le règne de Louis XIV va la saigner à blanc).
Ces deux aristocraties, l'espagnole et la française, doivent certainement vivre différemment les destins de leurs pays respectifs.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
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Répondre #37 le:
16Mai, 2008, 16:12:34 »
Citation de: Xaramis le 16Mai, 2008, 15:41:01
J'apportais mon regard complémentaire, en ce sens qu'il me semble que la façon de réagir de l'aristocratie espagnole a été différente de celle de l'aristocratie française : d'un côté, le repli sur soi, de l'autre la rébellion ouverte (la Fronde, par exemple), si je simplifie.
Regard intéressant que j'essaie à mon tour de compléter.
Citation de: Xaramis le 16Mai, 2008, 15:41:01
Un élément d'éclairage probable de cette différence, me semble-t-il, est que ce début du XVIIe siècle, époque marquante du genre de cape et d'épée (notamment pour les romans qui développeront ce genre aux XIXe et XXe siècles), voit le déclin de l'Espagne tandis qu'il voit la montée de la France.
Les noblesses d'épée vivent une déroute apparemment similaire mais pour des raisons différentes : en France, c'est l'institution de la puissance d'Etat par la noblesse de robe, en Espagne, c'est le déclin de la puissance politique.
En France, la noblesse d'épée est confrontée à une réalité plus dure et plus terre-à-terre comme tu l'as écrit; politiquement c'est intéressant c'est
s'adapter ou mourir
et l'oscillation hésitante entre la prise risquée sur le pouvoir temporel et la prise assurée sur un pouvoir spirituel déclinant - prise risquée d'un pouvoir d'Etat trouble ou affirmation éthique d'un attachement aux traditions les plus radicales (régler ses différends par le fil de l'épée).
En Espagne (j'extrapole), à te lire, je comprends davantage un long hiver que le refus d'une lutte perdue d'avance - même si
Alatriste
n'est pas dans cette retraite honorable. Je vois bien ce que tu entends par repli sur soi, est-ce que
attendre son heure
te semble pertinent ?
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Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #38 le:
16Mai, 2008, 18:32:57 »
Citation de: Dans le mur le 16Mai, 2008, 16:12:34
En Espagne (j'extrapole), à te lire, je comprends davantage un long hiver que le refus d'une lutte perdue d'avance - même si
Alatriste
n'est pas dans cette retraite honorable. Je vois bien ce que tu entends par repli sur soi, est-ce que
attendre son heure
te semble pertinent ?
Pour ce que j'en sais, ce repli sur soi de l'aristocratie n'est pas une façon d'attendre son heure. Mais plutôt la compréhension que la place qu'elle détenait dans la société sera désormais partagée, sans espoir de retour à une domination sans partage. L'évolution du régime espagnol suivra finalement des lignes assez similaires à celle du régime français, avec une orientation vers une "monarchie administrative" - comme on lit parfois -, un changement qui sera très fortement accéléré pendant le règne de Philippe IV (la première moitié du XVIIIe siècle).
La perte du pouvoir de l'aristocratie au profit des rois et de leur entourage "bureaucratique" se voit par exemple dans la suppression des pouvoirs locaux (ainsi, en Espagne, c'est l'abolition des privilèges et des libertés des provinces et des royaumes comme celui d'Aragon). Avec cette évolution des monarchies vers l'étatisation et la centralisation, les aristocrates ne peuvent que se plier aux nouvelles façons : à part quelques très grandes familles, la vieille noblesse n'a plus vraiment de pouvoir d'influence, face aux "grands fonctionnaires" (si j'ose cet anachronisme), aux financiers ou même encore face aux maîtresses des rois.
Ce repli sur soi, je le vois donc plutôt comme un "vivons entre nous et continuons à vivre bien, aussi longtemps que nous le pourrons encore".
Le capitan Alatriste (qui porte le nom de capitan sans jamais en avoir eu le grade dans son service dans l'armée) est un hidalgo, le plus bas rang de la noblesse espagnole. Hidalgo, hijo de algo, fils de quelque chose. L'hidalgo est de si petite noblesse qu'il n'a pas le droit de se faire appeler "Don" (c'est-à-dire "seigneur"), et pourtant bien des hidalgos s'arrogent ce droit ; aussi bas que soit son rang de noblesse, l'hidalgo se sent tout de même supérieur à ceux des rangs non nobles, quand bien même il en serait réduit à vivre des picaillons quêtés ou volés par son valet, quand bien même il en crèverait de faim. L'hidalgo se sent à des lieues au-dessus de la plèbe, mais il sait qu'il est, à son tour, à mille lieues des grands. Alors il gagne sa croûte comme il peut. Le tout est de ne pas déroger en s'abaissant à un travail manuel (mais le travail de la terre ne fait pas déroger) et de ne surtout pas perdre l'honneur.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #39 le:
16Mai, 2008, 21:15:58 »
Citation de: Xaramis le 16Mai, 2008, 18:32:57
L'hidalgo se sent à des lieues au-dessus de la plèbe, mais il sait qu'il est, à son tour, à mille lieues des grands. Alors il gagne sa croûte comme il peut. Le tout est de ne pas déroger en s'abaissant à un travail manuel (mais le travail de la terre ne fait pas déroger) et de ne surtout pas perdre l'honneur.
Un exclu de l'intérieur ? L'hidalgo a le titre et c'est tout, c'est ça ? Il se sent tenu à son rang là où, dans sa vie, il serait plus proche de la plèbe (ce qui explique qu'il doit en rester d'autant plus démarqué par l'honneur et le respect de l'étiquette) ?
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Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée (Xaramis)
«
Répondre #40 le:
16Mai, 2008, 23:05:43 »
Citation de: Dans le mur le 16Mai, 2008, 21:15:58
Un exclu de l'intérieur ? L'hidalgo a le titre et c'est tout, c'est ça ? Il se sent tenu à son rang là où, dans sa vie, il serait plus proche de la plèbe (ce qui explique qu'il doit en rester d'autant plus démarqué par l'honneur et le respect de l'étiquette) ?
Oui, tu interprètes bien les choses.
L'hidalgo a un titre de noblesse, mais c'est un noble sans terre. Il n'en bénéficie pas moins des privilèges de la noblesse, comme ne pas payer les impôts directs (ce qui le différencie clairement des "tributaires", les plébéiens qui eux, paient ces impôts) ou ne pas aller au gibet en cas de peine capitale.
L'hidalgo n'a pas de terres dont il pourrait tirer des rentes, il n'accède pas non plus aux postes élevés dans l'armée ou aux charges hautes dans l'administration royale : il est donc souvent désargenté. Certains hidalgos arrivent à se placer dans la maisonnée d'un grand seigneur, comme écuyer ou secrétaire, voire comme accompagnateur d'une dame dont ils sont chargés de protéger l'honneur ; mais nombreux sont ceux qui vivotent, ou qui en sont réduits à survivre.
Ce qui fait que le seul patrimoine de l'hidalgo est son propre honneur.
En cela, l'hidalgo n'est finalement pas très différent de nos "cadets de Gascogne" (ou d'ailleurs), quittant les provinces pour chercher la fortune à la capitale, d'Artagnan montant à Paris en chevauchant sa jument jaune en est l'exemple célébrissime (en faisant pousser des cornes de cocu sur le front de Bonacieux dont il séduit l'épouse, d'Artagnan ne prend-il pas une sorte de revanche sur ce bourgeois plus argenté que lui).
Cousins aussi de ces hidalgos dans le besoin, les
barnabotti
de la fin de la république vénitienne : ce sont des patriciens pauvres, qui continuent à siéger au Grand conseil, mais sont si désargentés qu'ils sont obligés de vivre dans un quartier très humble de la Sérénissime, le campo San Barnaba. Pour gagner quelques poignées de sequins, certains de ces barnabotti n'hésitaient pas à vendre leur voix au plus offrant lors des élections du doge. Pour eux, où l'honneur allait-il se loger ?
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #41 le:
16Mai, 2008, 23:12:44 »
Kof kof.
Il me semble que tu décris le type littéraire de l'hidalgo plus que l'hidalgo lui-même.
Pour le jeu de rôle, c'est très bien, car c'est une figure porteuse, mais il faut prendre garde à ne pas confondre la société espagnole avec les représentations qu'elle donne d'elle-même. (je ne dis pas que tu le fais, hein)
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Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #42 le:
17Mai, 2008, 00:45:31 »
Citation de: Macbesse le 16Mai, 2008, 23:12:44
Kof kof.
Il me semble que tu décris le type littéraire de l'hidalgo plus que l'hidalgo lui-même.
Pour le jeu de rôle, c'est très bien, car c'est une figure porteuse, mais il faut prendre garde à ne pas confondre la société espagnole avec les représentations qu'elle donne d'elle-même. (je ne dis pas que tu le fais, hein)
Je ne crois pas que des spécialistes actuels de l'histoire espagnole comme Bartolomé Bennassar (pour citer un historien français accessible sans connaître la langue de Quevedo, mais qui publie tant en français qu'en espagnol) confondent la réalité de la société du siècle d'or avec ce que la littérature en dit. Et je ne crois pas avoir mal interprété ce que j'ai lu de la plume de ces historiens.
Mais si je me trompe, je ne demande qu'à être détrompé.
Certes, il faudrait entrer dans plus de détails et différencier l'hidalguia selon les régions de la péninsule, car elle recouvre, dans le mode d'y accéder et dans sa réalité juridique, sociologique et économique des choses assez dissemblables, selon que l'on est en Biscaye, en Castille, ou ailleurs, par exemple.
J'ai choisi d'en rester, pour le portrait des hidalgos, à des traits marquants d'un groupe noble protéiforme, au bas de la noblesse, en-dessous des nobles titrés (au sommet desquels les "grands"), en-dessous aussi des
caballeros
(chevaliers) au statut assez flou du point de vue du droit même s'ils sont reconnus en tant que tels dans la société. Dépourvus (ou presque) de terres, plutôt urbains mais sans vraies responsabilités dans les pouvoirs locaux (sinon ils deviendraient très probablement des
caballeros
), se tournant éventuellement vers des carrières militaires ou religieuses généralement de petit niveau car ils n'ont pas assez d'appuis familiaux pour s'élever fortement dans ces hiérarchies.
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Re : Re : Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #43 le:
17Mai, 2008, 01:22:41 »
Citation de: Xaramis le 17Mai, 2008, 00:45:31
J'ai choisi d'en rester, pour le portrait des hidalgos, à des traits marquants d'un groupe noble protéiforme, au bas de la noblesse, en-dessous des nobles titrés (au sommet desquels les "grands"), en-dessous aussi des
caballeros
(chevaliers) au statut assez flou du point de vue du droit même s'ils sont reconnus en tant que tels dans la société. Dépourvus (ou presque) de terres, plutôt urbains mais sans vraies responsabilités dans les pouvoirs locaux (sinon ils deviendraient très probablement des
caballeros
), se tournant éventuellement vers des carrières militaires ou religieuses généralement de petit niveau car ils n'ont pas assez d'appuis familiaux pour s'élever fortement dans ces hiérarchies.
Dit comme ça, je suis d'accord.
Mais le groupe a ses complexités, ses différences internes, juridiques et régionales. J'y reviens demain.
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Re : Panorama des JdR de cape et d'épée
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Répondre #44 le:
17Mai, 2008, 22:16:19 »
Oui, comme je l'ai écrit, c'est un groupe protéiforme. Pour éviter de la confusion, il faudrait préciser que ce portrait à grands traits concerne surtout "l'hidalgo castillan".
Dans certaines régions de l'Espagne, le statut d'hidalguia pouvait être accordé à toutes les personnes vivant sur un territoire donné (une vallée entière, par exemple). On se trouve alors dans une approche très différente de l'hidalguia accordée à titre personnel.
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