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Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
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Fil de discussion: Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible ! (Lu 3121 fois)
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Usher
Chambellan
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Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
«
le:
13Décembre, 2007, 22:41:22 »
Pour éviter de polluer exagérément un autre fil, j'ouvre celui-ci.
J'avais évoqué par ailleurs, dans un post râleur et lacrymal, qu'il était possible de travailler plus pour gagner moins au sein de l'Education nationale. Comme Cavaillon m'a demandé de lui expliquer comment c'était possible, je me fais un plaisir (masochiste) de lui répondre ici. En deux mots, comment un prof peut travailler autant qu'avant pour gagner moins, puis comment un prof peut travailler plus qu'avant pour gagner moins.
A la fin du gouvernement précédent, Gilles de Robien a supprimé la plupart des heures de première chaire et de labo. Même si Xavier Darcos a un peu assoupli la mesure, de nombreuses heures n'en ont pas moins disparu.
Ces heures représentaient des décharges horaires pour les enseignants du lycée qui préparent leurs élèves aux épreuves du baccalauréat. En gros, on payait le prof une heure hebdomadaire (sur 18 pour un certifié, sur 15 pour un agrégé) qu'il ne passait pas devant élèves, pour rémunérer la charge de travail importante due à la préparation des cours ou à la correction des copies de niveau bac. Un prof de matière générale a(vait) ainsi une heure de décharge. Les profs de science, qui ont des TP assez lourds à mettre en place en tenant compte de consignes de sécurité de plus en plus strictes, disposaient grosso modo de l'équivalent.
Robien a supprimé la plupart de ces heures. Résultat, les profs font le même travail qu'avant, mais perdent une partie de leur salaire.
Pire, ou mieux encore : la suppression de ces heures a créé des inégalités entre enseignants faisant le même travail ! Exemple : en français, l'heure de première chaire a été maintenue pour les profs qui ont des classes de niveau bac appartenant à différentes sections : c'est mon cas, puisque j'enseigne en 1ère ES et en 1ère S. Par contre, l'heure de première chaire a été supprimée aux enseignants qui n'enseignent que dans une section. Ainsi, j'ai une collègue qui enseigne dans deux classes de 1ère S, et qui a perdu cette heure. Il se trouve qu'en S et en ES, les horaires, les programmes et les épreuves de français au baccalauréat sont identiques. Je fais moi-même le même programme dans mes deux classes. Mais je gagne une heure de plus que ma collègue, qui a exactement la même mission que moi. Pas mal, non ?
Autre cas de figure, applicable dans toutes les matières.
L'Education Nationale supprime des postes. Elle supprime donc des classes ; les élèves surnuméraires sont répartis dans les classes qui restent. Les effectifs des classes sont donc plus importants, ce qui entraîne des temps de corrections plus importants pour les enseignants, dont le salaire ne bouge pas.
Ca peut sembler anecdotique, alors voici un exemple concret. Pour corriger un paquet de 30 devoirs type baccalauréat, à raison de 20 mn par copie, il me faut environ 10 heures de boulot. Si je passe de classes à 30 élèves à 35 élèves, je rajoute 1h40 de travail par paquet de copies. Je multiplie par le nombre de devoirs de ce type que je fais en une année scolaire (environ 8 ), puis par le nombre de classes niveau bac que j'ai (2) : rien que sur des devoirs surveillés, je travaillerai donc 26 heures de plus. Et je ne parle pas des corrections des interros, des contrôles de lecture, des exercices moins canoniques, mais plus fréquents. Bref, je vais travailler beaucoup plus, sans recevoir un centime de plus.
Et pour peu que j'aie des classes de première appartenant à la même section, je me retrouve à travailler beaucoup plus avec l'heure de première chaire supprimée, donc avec un salaire diminué. Bref, comment travailler plus pour gagner moins.
Usher
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Haagen de Nancey
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
«
Répondre #1 le:
13Décembre, 2007, 22:50:19 »
Quand l'éducation nationale envahit la cour
.
Je plussoie donc mon collègue, le décret De Robien est non seulement une absurdité mais ce qui est plus dangereux encore c'est que l'"assouplissement" de M. notre ministre de tutelle laisse la situation dans un flou artistique de toute beauté. En gros, on ne sait pas ce qui va en être dans les années à venir (quelqu'un me corrige si je ne suis pas à jour).
Ceci dit je me rends compte depuis le début de l'année (mes premiers mois d'exercice) que c'est monnaie courante dans la maison de ne pas savoir à quelle sauce on va être mangé, voire parfois avec une sauce un peu plus corsée que ce qui était annoncé sur la recette.
Haagen, bientôt quatre mois d'enseignement et déjà blasé...
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cavaillon
Guidon
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
«
Répondre #2 le:
15Décembre, 2007, 00:46:07 »
Bonsoir Usher.
Merci pour les explications sur ce sujet.
Il y a quand même quelque chose qui me choque dans ton discours. La façon dont tu expliques cette loi De Robien montre qu'effectivement, vous êtes spoliés à l'E.N.
Il est vrai que vous devez maintenant travailler plus et que vous gagnez moins.
O.K.
Ce que j'ai lu, même si ce n'était pas le fond de ton discours, c'est qu'un prof certifié doit bosser 18h hebdomadaire devant élèves, plus 10 pour corriger les copies (mes professeurs mettaient deux semaines minimum, soit 5h par semaines max.). Ca fait 25 heures par semaine, plus combien pour préparer les cours, les exercices, les interros ?
Et vous avez les vacances scolaires...
Mon frère bosse 55 heures en quatre jours dans sa boîte, heures supplémentaires non payées... D'accord, c'est une situation de crise, généralement, c'est plutôt 45h...
Plus chanceux, je suis entre 40h et 45h (pauses non comprises).
Et nous avons nos 5 semaines plus 8 joursde RTT par an...
Franchement, et surtout n'y vois pas d'attaque personnelle, penses-tu sincèrement que vous êtes particulièrement à plaindre ?
Je suis d'accord, votre statut a peut-être régressé, vos classes, donc votre charge de boulot a augmenté, les salaires sont inférieurs à celui des cadres, mais êtes-vous vraiment à plaindre ?
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"Qu'a vist Paris, se noun a vist Cassis, pou dire : n'ai rèn vist"
Usher
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Re : Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est pos
«
Répondre #3 le:
15Décembre, 2007, 07:14:55 »
Je répondrai plus en détail par la suite. Juste une remarque :
Citation de: cavaillon le 15Décembre, 2007, 00:46:07
Ce que j'ai lu, même si ce n'était pas le fond de ton discours, c'est qu'un prof certifié doit bosser 18h hebdomadaire devant élèves, plus 10 pour corriger les copies (mes professeurs mettaient deux semaines minimum, soit 5h par semaines max.). Ca fait 25 heures par semaine, plus combien pour préparer les cours, les exercices, les interros ?
Parce que d'après toi, un prof n'a que les copies d'une classe à corriger ?
Réfléchis un peu.
Usher
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Kynan
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #4 le:
15Décembre, 2007, 09:16:36 »
Ca me titille depuis longtemps, à suivre votre discussion, et je me dois d'aller rajouter ma pierre. Et elle ira du côté de Cavaillon.
Prenons 18 heures de cours, par semaine et sur 9 mois et demi (et je compte large). Nous arrivons à 684 heures. Rajoutons 10 fois 70 copies à 20 min l'une, ça fait 234 heures. Total pour l'instant : 918 heures par an.
Je rajoute encore deux centaines d'heures de travaux divers pour arrondir à 1100 heures annuelles, toujours généreusement.
1100 heures annuelles ? Ramenées au rythme des 44 semaines travaillées par an d'un salarié du privé, nous avons... 25 heures par semaine.
Alors il se trouve que des profs/instits/enseignants, j'ai toutes les versions possibles dans ma famille proche. Et tous s'accordent pour dire que les salaires ne sont vraiment pas mirobolants, que l'ambiance est super dure à supporter en classe (ça c'est plutôt les profs), etc... Mais tous aussi à dire que pour le temps libre, c'est génial. Bien sur, quand on a quatre quart-temps dans quatre établissements différents, c'est pénible. Mais ça c'est pas spécifique à la sphère de l'enseignement. Ceux qui ont fait de l'intérim en petites missions le savent bien.
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Hikaki
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #5 le:
15Décembre, 2007, 10:14:58 »
Moi, je suis prof de français et je n'aime pas les calculs. Tout ce que je sais c'est que mon salaire est annualisé depuis l'après-guerre et qu'en fait je touche 10 mois de salaire en tout. J'ai le droit de travailler pendant mes deux mois de vacances pour compenser cela, notamment en aidant aux récoltes d'où les grandes vacances. Plus 5 semaines de congés payés. Donc, on retire les vacances de votre calcul, s'il vous plait (ça fait pile-poil 15 semaines).
Ensuite, le travail d'un prof, c'est :
. faire cours (et quand je fais cours, je ne papote pas avec ma collègue, ne me promène pas sur internet, ne téléphone pas à mes amies... comme beaucoup de travailleurs font pendant leurs heures de travail. *jette un regard un coin à ses lecteurs*
) ;
. préparer les cours : très variable, allant de quelques heures par semaine (même pour la "vieille" prof que je suis, parce qu'on les relit, peaufine, en prépare de nouveaux) à une heure de cours = une à deux heures de préparation, voire plus ;
. dans préparer ses cours, il y a aussi se former aux nouvelles demandes, comme initier ses élèves à l'informatique, l'internet, l'audio-visuel. Très long à préparer des séances sur internet.
. formation permanente : pour un prof de français = lire. Y compris de la littérature pour jeunesse. Des bouquins de pédagogie, des critiques de livre, de l'histoire, des bouquins d'art, etc. Ou relire ses classiques. Non, je ne connais pas par coeur Madame Bovary de Flaubert ;
. corriger les copies = plusieurs paquets d'une trentaine d'élèves multipliée par son nombre de classes. Compter une bonne centaine par semaine, voire plus. Copies de longueur variable : une à deux pages à deux à trois copies. Préparer le corrigé de l'évaluation, à adapter à ce que les élèves ont fait, variable d'une année à l'autre. Prendre des notes pour répartir les élèves de manière individuelle quand on ira faire des exercices de remédiation sur ordinateur ou pour répondre aux question des parents. Préparer les évaluations, en les variant d'une année à l'autre et en les adaptant aux élèves. Préparer plusieurs évaluations sur un même cours ou une même oeuvre si l'on a plusieurs classes du même niveau pour éviter que les élèves trichent. Voire deux évaluations pour la même classe toujours pour éviter la tricherie ;
. répondre aux questions des élèves après les cours ; recevoir leurs parents pour des rendez-vous qui durent souvent une demi-heure ;
. aller aux conseils de classe, réunions d'informations diverses et variées ;
. remplir les bulletins, carnets, dossiers, paperasse administrative ;
. faire des stages (sur vos mercredis
) ;
. et j'en oublie certainement.
Bref, je ne sais pas combien d'heures je fais par semaine, car ce qui est plaisant dans mon travail est que j'en organise une partie horaire comme je veux. Tout ce que je sais, c'est que je travaille 7 jours sur 7, jours fériés compris, ainsi qu'une partie de mes vacances, et tard le soir s'il le faut.
Hikaki
«
Dernière édition: 15Décembre, 2007, 11:44:40 par Hikaki
»
Journalisée
Loris
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #6 le:
15Décembre, 2007, 11:06:02 »
Moi ce que j'ai compris, c'est que l'intégralité de la population se plaint qu'il y a trop d'élèves par classe et que le niveau est de moins en moins bon du fait même que les profs ne peuvent pas être aussi présent auprès de chaque élève quand ils en ont 40 plutôt que 10.
Mais, pour satisfaire la CUPIDITE de cette même population, qui trouve que "c'est déguelasse que ces 'gens là' bossent 18 heures au lieu de mes quarante douze", on *réduit* le nombre de profs, amplifiant le problème à chaque nouvelle mesure.
Si nos enfants ont un niveau scolaire de plus en plus bas, si les parents envoient de plus en plus leurs enfants dans le privé (où le problème est similaire, d'ailleurs), ben ce sera mérité, une belle récompense de la cupidité.
Je suis cadre, moi aussi je bosse "bouhou bouhou" mes quarante douze heures sans heures sup' payées. Ben j'en a rien à foutre que les profs bossent plus, moins, autant que moi. Mais alors rien. Mon souhait c'est qu'ils soient plus nombreux, et qu'on leur donne les moyens d'enseigner (afin que nos enfants soient plus intelligents que nous et puissent voir dès aujourd'hui le mal qu'on leur a fait avant même qu'ils ne naissent).
Loris.
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"Bref, moi qui ait été élevé avec la fausse croyance que Tolkien avait écrit la bible de la fantasy, je découvre une fois de plus que c'est faux. Howard, Lovecraft et Lieber sont les vrais apôtres du genre. Ceux qui prétendent le contraire sont des hérétiques." ~ Cédric, de Hugin & Munin
Kylm
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #7 le:
15Décembre, 2007, 11:52:32 »
J'’aime pas trop jouer les raleurs, mais cette mauvaise foi ambiante et générale à l'encontre des enseignants à tendance à m'agacer. Par ailleurs je rejoins totalement l’avis de mes collègues.
Pardonner moi aussi par avance ma véhémence mais ce discours prof = faignant m'agace particulièrement, cela fait 3 mois que je ne vois plus le jour, que je n'ai plus de temps à consacrer ni à la cour, ni a ma famille non plus.
Actuellement en début de carrière dans l’enseignement privé je fais 200 Km par jour en moyenne, j'ai 5 niveaux différents plus de nombreuses visites à effectuer ou accueillir des tuteurs et des formateurs de toutes sortes. À cela il faut aussi rajouter les nombreuses copies, les livres de toutes sortes à ingurgiter ainsi que la tonne de travail plus ou moins utile que nous imposent l'IUFM et tout cela pour un peu moins de 1400 euros. Je sais, on trouvera toujours pire ! mais que veut-on nivelaient par le bas !
Si enseigner est aussi facile et aussi agréable pourquoi l'école à la maison ne se développe pas plus? Garder les vos mouflets et faites leur cours vous verrez comme c’est facile et agréable !
Des cas particuliers on peut en trouver à la pelle. Pour un prof feignant, je t'en trouve 1 qui bosses comme un damné, mais aussi 3 exemples de cadre qui n'en foutent pas une et 2 ingénieurs incompétents. Il faut arrêter de faire d'un cas particulier observé une généralité.
Une chose est sûre, il y a un problème de pouvoir d'achat dans toute la société y compris la fonction publique. Et ce n'est pas en stigmatisant tel ou tel ou en faisant du corporatisme que l'on va le changer.
Pour en revenir à l'éducation, éduquer une nation coûte cher, donner les moyens à l'enseignement c'est un choix politique et le gouvernement actuel semble décider à faire des économies sur le dos de l'enseignement et plus particulièrement sur le dos de l'enseignement professionnel.Ce qui se plaignent vous avez raison faisons des économies sur ces faignasses de profs car vous vous bosser bien et dure mais ne venez pas vous plaindre dans 10 ans quand vos gamins seront incultes ou ignorants.
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Loris
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Re : Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est pos
«
Répondre #8 le:
15Décembre, 2007, 11:58:21 »
Citation de: Kylm le 15Décembre, 2007, 11:52:32
mais que veut-on nivelaient par le bas
C'est pour résoudre le problème du pouvoir d'achat : donner du blé au riches, et licencier les autres.
"Niveler par le bas" est le crédo actuel, en utilisant un argumentaire frelaté sur la base "pour égaliser". Ce credo est évidemment soumis au "bouclier de l'argent" (plus t'es riche, moins ça s'applique à toi).
On vient de le faire pour les régimes de retraites, et ça m'étonnerai que ça s'arrête en "si bon" chemin.
Loris.
Journalisée
"Bref, moi qui ait été élevé avec la fausse croyance que Tolkien avait écrit la bible de la fantasy, je découvre une fois de plus que c'est faux. Howard, Lovecraft et Lieber sont les vrais apôtres du genre. Ceux qui prétendent le contraire sont des hérétiques." ~ Cédric, de Hugin & Munin
Usher
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #9 le:
15Décembre, 2007, 13:40:12 »
Je complète ma réponse. Je n'ai pas pu noter grand chose ce matin, quand j'ai réagi, parce qu'il était 7h15 et que je m'apprêtais à partir faire cours. Le samedi. Mais je dois être un peu feignant…
Les fameuses 18 heures hebdomadaires du service horaire d'un prof sont les "heures devant élèves". C'est la partie émergée de l'iceberg : en fait, un prof fournit plus de travail invisible que d'heures de cours. Cela inclut :
- les préparations de cours (en première, il me faut une heure et demie de préparation pour une heure de cours ; en terminale, deux heures de préparation ; je recycle certains de mes cours, mais pas tous ; et en terminale L, le programme de lettres est renouvelé tous les ans, donc…)
- les corrections, à multiplier par le nombre de classes de l'enseignant, ce que d'aucuns ici semblent avoir tendance à oublier ;
- le travail administratif : bulletins, livrets, dossiers de candidature des élèves (3°, terminale), accompagnement des stages en entreprise (3°, 2°) ;
- les réunions : conseils de classe à multiplier par le nombre de classes, puis par quatre (conseil d'observation au milieu du premier trimestre + conseils trimestriels) ; les rendez-vous individuels parents-profs (qui peuvent prendre des proportions démentes quand vous êtes prof principal dans une classe de fin de cycle) ; les réunions collégiales parents-profs (très ponctuelles, mais d'une durée minimum quatre heures, après les heures de cours) ; les réunions interdisciplinaires pour les projets pédagogiques ; les réunions d'intégration avec différents acteurs du monde médico-scolaire pour adapter le fonctionnement de la classe et de l'équipe pédagogique à la présence d'élèves handicapés ; les formations ;
- les projets péri-éducatifs : projets artistiques, activités sportives, voyages culturels ou linguistiques, qui se révèlent être une charge de travail écrasante pour les enseignants qui les diligentent ;
- les surveillances d'examen, en fin d'année (brevet, bac), mais aussi en début d'année (sessions de septembre) ou en milieu d'année (concours général) ;
- les corrections d'examen, pesantes, frustrantes en raison des consignes gouvernementales ubuesques de ces dernières années, et bien sûr indemnisées au lance-pierre. (De mémoire, il me semble que la correction d'un paquet de copies de concours d'entrée aux grandes écoles est payé cinq fois plus que la correction du bac.)
Un exemple concret : je vais vous décrire ma journée de travail d'hier, vendredi 14 décembre. Celle d'un salarié privilégié, qui n'a que deux heures de cours déclarées le vendredi !
De 8h à 10h, cours de français en seconde. Officiellement, d'après ma fiche de paye, j'ai fini mon boulot. Jugez-en…
A 10h, je rencontre une Aide de vie scolaire d'une élève handicapée de la classe de première dont je suis prof principal. Bref rendez-vous pour définir le cadre dans lequel elle interviendra dans mon conseil de classe du premier trimestre. A 10h15, je commence des démarches assez pénibles auprès du secrétariat de l'établissement pour corriger des erreurs dans les bulletins de notes, provoquées par un bug ou une erreur de saisie sur le logiciel de traitement des notes. Je rentre chez moi pour 11h. De 11h à 12h, je prépare mon conseil de classe, en examinant les bulletins des élèves au cas par cas et en préparant des projets d'appréciation générale. Pause déjeuner. L'après-midi, jusqu'à 17h, corrections d'une partie d'un paquet de devoirs surveillés de seconde. A 17h30, retour au lycée, pour un rendez-vous avec les délégués des élèves et préparer avec eux le conseil de classe : il y a plusieurs problèmes entre la classe et des enseignants, et il faut gérer cela pour éviter des tensions pendant le conseil. J'ai de la chance : mes deux élèves déléguées sont compétentes et ont déjà fait des médiations efficaces… 18h15 : j'accueille la maman déléguée des parents d'élèves. 18h30 : conseil de classe, jusqu'à 20h. Je rentre à 20h30 chez moi, mais je dois encore envoyer par e-mail un bref compte-rendu du conseil à un parent délégué. Ma journée de travail s'achève vers 20h45.
Et aujourd'hui, samedi, j'ai trois heures de cours le matin, et j'aurai encore de deux à trois heures de correction cette après-midi si je ne veux pas être débordé la semaine prochaine. Je prévois aussi deux à trois heures de correction dimanche. Il n'empêche que j'aurai quand même, pendant mes vacances de Noël, dans une semaine, environ 30 heures de correction, vu que j'ai deux devoirs type bac et une interro qui vont tomber la semaine prochaine.
Reprenons ma journée de vendredi. Pour l'observateur extérieur, j'ai travaillé deux heures. Dans les faits, j'ai travaillé dix heures. Soit un rapport de un pour quatre. Messieurs les cadres surmenés, faites vos calculs : prenez les 15 heures hebdomadaires de mon service, ajoutez-y 15 multiplié par quatre, et après revenez me faire la leçon.
Certes, toutes mes journées ne sont pas ainsi, et je ne prétends pas faire des semaines de 75 heures. Nous sommes en fin de trimestre, et c'est donc une période de coup de bourre. En revanche, les semaines de 60 heures, je connais, merci. Le surmenage, j'ai bien connu, avec hypertension, douleurs lombaires ; en 2000, j'ai même failli y laisser ma santé (je peux raconter comment ; ça m'a valu deux interventions chirurgicales et une surveillance médicale à vie), et en 2004, j'ai failli faire un malaise en classe tant j'étais surmené. (Soignez mal une grippe pour continuer à travailler, payez-vous un syndrome post-infectieux et essayez de faire cours en fin de semaine : désordres neurologiques assurés.)
Alors quand je lis des insinuations dans le style de ce qui est noté plus haut, j'ai tendance à voir rouge.
Pour complément d'information : quand les socialistes ont mis en place les 35h, Allègre s'était dit qu'on pourrait non écourter le service horaire des enseignants, mais l'
allonger
. Il avait donc donné mission au ministère de l'Education Nationale d'évaluer le temps de travail effectif des enseignants. Avec une certaine tendance à la sous-évaluation orientée par la ligne du ministre, le Ministère avait déterminé que le temps de travail moyen des profs était autour de 39h, avec des disparités en fonction des niveaux, des disciplines et du grade des enseignants. (Pas de bol pour moi, c'étaient les agrégés de lettres qui travaillaient le plus, avec nettement plus de 40h hebdomadaires.) Du coup, Allègre avait enterré son projet de nous mettre plus de travail sur le dos.
Autre précision sur la dégradation du pouvoir d'achat des enseignants. Au milieu des années 80, un prof du secondaire gagnait autant qu'un cadre ayant un niveau d'études équivalent. En 2007, un prof gagne 65% du salaire d'un cadre de niveau d'études équivalent.
Usher
«
Dernière édition: 15Décembre, 2007, 15:58:23 par Usher
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Journalisée
Kynan
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #10 le:
15Décembre, 2007, 22:45:17 »
Allez-y doucement, avant de sortir la volée de bois vert : je n'ai lu nulle part le mot feignant avant que vous - Usher et Kylm - ne l'avanciez. Et c'est bien beau tout ça, mais je précise qu'il n'y pas que des "cadres surmenés" qui papotent dans leurs bureaux ici : vous voulez pleurer ? Moi, mes quarante douze heures hebdomadaires, je les fais en usine, une belle usine de pâtes où on ne peut se parler qu'en hurlant (si, partout), où la température oscille entre 40° auprès des machines et 4° du côté des frigos. Il faut aussi des gens pour fabriquer les spaghettis que les profs fatigués jetteront dans leurs casseroles à la fin de leur dur vendredi. Ah, oui, moi aussi j'ai travaillé aujourd'hui (11h-20h), et mon contrat prévoit jusqu'à 10 semaines de travail de nuit par an, pour remplacer le titulaire.
Je n'ai porté aucun jugement sur la longueur du travail des profs, j'ai surtout cherché à le quantifier. Et franchement, le cas des professeurs de matières littéraires est le cas extrême. A l'autre bout, vois tes collègues profs de gym, payés à priori comme toi, mais avec bien moins de copies.
Les chiffres que tu donnes sont impressionnant, mais tu cumules les cas spéciaux : prof principal, matière littéraire, réunionite de fin de trimestre... Ça ne permet pas de multiplier par quatre les heures "émergées" sur l'année.
Oui, bien sûr, il y a des cadres incompétents ou m'en foutistes, et ainsi de suite pour tous les corps de métier ! Chaque métier a ses brebis galeuses, et aussi ses particularités, et ce qui fait celles du métier d'enseignant n'est pas trop du côté du temps pur, mais de la multiplicité des interlocuteurs, et de la lourdeur du système. Voire de l'incivilité des élèves, mais à mon sens, les profs en sont purement victimes : enseignant n'est pas éducateur (c'est le rôle n°1 des parents).
En bref, à chaque fois que ce genre de sujet émerge, on a droit à une profusion de cas particuliers, oubliant les 6 semaines de congés sur dix moix (puisque comme me l'a précisé Hikaki, le métier de professeur ne compte que sur 10 mois sur douze, donc un poste à 83%, grosso modo), entre autres, et à une riposte effrénée sur les abominables cadres, tous en charentaises dans leurs bureaux moquettés et silencieux, à surfer sur la Cour.
Keep cool, men ! Le sujet de ce fil, c'est Education Nationale. Pour discuter (et pas descendre en flammes) sur les cadres ou les plombiers, on n'a qu'à créer un autre fil à côté...
Et bonne soirée à tout le monde, par ailleurs.
Journalisée
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Usher
Chambellan
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #11 le:
15Décembre, 2007, 23:54:15 »
Mon apostrophe est sans doute excessive ; d'un autre côté, il faut bien se dire que c'est ce à quoi nous autres enseignants, nous sommes régulièrement confrontés. Une grande partie de la population nous considère comme des privilégiés, voire des planqués ; et il devient extrêmement lassant, quand on émet une protestation assez légitime devant telle ou telle dégradation de notre statut, de nous voir renvoyer dans la figure une question : "Est-ce que vous êtes vraiment à plaindre ?" Autre cas typique : quand j'explique mon boulot, la réaction qui consiste à me dire que je suis un cas particulier. Non, je ne suis pas spécialement un cas particulier. Bref, les stratégies qui consistent systématiquement à remettre en question notre parole.
Je dois avouer que ce qui m'a fait bondir, c'est qu'après avoir démontré comment le gouvernement nous flouait, on m'ait encore sorti qu'on n'était pas vraiment à plaindre. L'implicite d'une telle question, c'est bel et bien qu'on est payé trop pour ce qu'on fait. Bref, qu'on est des feignants.
Usher
Journalisée
Hikaki
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible
«
Répondre #12 le:
15Décembre, 2007, 23:58:39 »
Citation de: Kynan le 15Décembre, 2007, 09:16:36
nous avons... 25 heures par semaine.
Quand on arrive à des calculs comme ceux-là, on sous-entend bien que nous sommes payés à ne pas faire grand chose, non ? Même mes collègues de sport font plus. Leur horaire est plus lourd que les nôtres et ils ont des tas d'activités en dehors de ces horaires (club, etc., y emmener les élèves, préparer leurs cours - et c'est devenu très complexe). Moins chargés qu'un prof de lettres, sans doute, mais 25 heures ?! Certainement pas.
Citation
oubliant les 6 semaines de congés sur dix moix (puisque comme me l'a précisé Hikaki, le métier de professeur ne compte que sur 10 mois sur douze, donc un poste à 83%, grosso modo)
Pendant ces cinq semaines (et pas 6), nous travaillons aussi. Les corrections et les préparations de cours ne s'arrêtent pas quand nous n'avons pas d'élèves.
Ceci dit, je ne nie pas qu'il y a tout un tas de boulots bien plus pénibles que le nôtre. Est-ce une raison pour s'imaginer que les profs sont des glandeurs ? Une raison pour nous empêcher de réclamer ce à quoi chacun devrait avoir droit (non, les heures supplémentaires non payées, ce n'est pas normal) ? Critique-t-on votre travail ?
Hikaki
PS : quelques chiffres :
"les 18 heures de cours par semaine que doivent assurer les profs sont un horaire qui remonte à 1950 où il avait été estimé qu’il fallait 1.5 heures de préparation pour une heure de cours soit un temps de travail de 45 heures hebdomadaire, ce qui, à l’époque, correspondait à peu près à l’horaire effectué par un salarié du privé."
"SALAIRES des ingénieurs :
http://www.cefi.org/EMPLOIS/Salaires.htm
de 2 000 à 6 000 euros Net/ Mensuels
SALAIRES des profs :
http://www.education.gouv.fr/personnel/enseignant/carriere.htm
de 1 300 à 3 600 euros Net/ Mensuels"
Enfin retrouvé l'enquête du ministère de l'éducation (qui n'a pas intérêt à trop grossir les chiffres
) :
"Pendant l’année scolaire, un enseignant à temps complet effectue, en moyenne, 39 h 47 de travail par semaine, dont 20 h 27 hors de la présence d’élèves. Hors enseignement, les enseignants sont occupés essentiellement à la préparation des cours et aux corrections de devoirs, pour respectivement, 7 h 40 et 6 h 10 par semaine. Ils consacrent en moyenne près d’une heure par semaine aux parents d’élèves et une heure au suivi des élèves.
La documentation semble être aussi une part importante puisqu’ils y consacrent en moyenne 2 h 12 par semaine. Ils pas-
sent en moyenne 1 h 17 à travailler avec d’autres enseignants.
En dehors des heures de cours, 65,6 % du temps de travail est effectué au domicile des enseignants, soit 13 h 25 par semaine,
alors qu’ils passent en moyenne 26 h 22 à travailler dans l’établissement.
Selon la discipline d’enseignement, le nombre d’heures travaillées passe de 42 h 55 pour les disciplines littéraires, à une moyenne comprise entre 38 et 40 h pour les disciplines scientifiques, technologiques et de langues vivantes, puis à 35 h 30 pour les autres disciplines (EPS, arts, musique…)."
Et les salaires :
"Le salaire des enseignants baisse en France depuis 25 ans puisqu’ils ont perdu environ 20% de pouvoir d’achat de 1981 à 2004 (voir étude universités de Cergy, Lille et Paris 1).
Et ça continue en pire puisqu’en 2005 (dernière année évaluée), la perte est de -2,3. Ainsi, les débutants ne gagnent qu’1,3 fois le SMIC, malgré les revalorisations Jospin des années 1990, les plus anciens connaissant une dégradation encore plus forte.
Depuis 2002, comme l’ensemble des salaires de la fonction publique d’Etat, la dégradation est devenue encore plus forte. En valeur brute, l’absence de revalorisations (avec des années « blanches », dont 2007) entraîne de fortes pertes de pouvoir d’achat.
Mais d’après l’INSEE, les salaires nets annuels moyens diminuent encore plus fortement. C’est notamment lié à la hausse des cotisations sociales (pour les enseignants du privé sous contrat : hausse de l’assiette sur laquelle est calculée la CSG, des cotisations AGIRC / ARCCO…).
Les comparaisons internationales classent les enseignants français parmi les derniers : pour les pays de l’OCDE, au 20e rang sur 30. Le salaire brut de mi-carrière d’un enseignant français dépasse à peine 30.000 dollars contre 45.000 aux Etats-Unis, 50.000 en Allemagne, 80.000 au Luxembourg (chiffres 2003, ça n’a pu que s’aggraver !)." (
http://sundep.free.fr/spip.php?article360
)
«
Dernière édition: 16Décembre, 2007, 11:11:52 par Hikaki
»
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
«
Répondre #13 le:
16Décembre, 2007, 09:56:54 »
La réponse que je fais à tous ceux qui parlent de « nos longues vacances » (même si on leur dit qu’elles ne sont pas payées) et du travail facile (peu d’heures) que l’on fait c’est :
« passez le concours et devenez enseignant »
Et on me répond invariablement (ce qui clos la discussion à chaque fois
)
« Ah non, je ne pourrais pas supporter autant d’enfants toute une journée, je ne sais pas comment vous faites ! »
Mais le vrai problème dans tout cela, c’est qu’à force de dénigrer les enseignants ils n’ont plus aucune légitimité devant les élèves…
Intylzah
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Moona
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Re : Travailler plus pour gagner moins : à l'Education Nationale, c'est possible !
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Répondre #14 le:
18Décembre, 2007, 14:11:26 »
Moi j'ai toujours respecté les enseignants!! Par contre, désolée, mais je peux pas en dire autant avec les administrations.
Faut savoir qu'actuellement, l'admin de mon Université est en vacance depuis la semaine dernière (4 semaines de vacances, contre 2 pour les autres!!!). En plus vu ce qu'ils font...
Je crois que le gouvernement, s'est trompé de cible. C'est pas les postes d'enseignants qu'il faut diminuer, mais dans l'administration. (c'est limite une personneour une tache particulière =>Eexmple : pour commander et payer des billets d'avion par exemple, il faut 3 personnes minimum : une pour commander, une pour voir combien d'élèves partiront et une dernière pour gérer les sousous, si ce n'est pas deux pour cette tache... alors que dans une entreprise c'est une personne!!)
Moona qui en a par-dessus la casquette des administrations...
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