Ecraser l’infâmeUn scénario pour
Brumaire, par Macbesse
La Société pour l’Illustration et la Défense des LumièresLes PJs sont tous membres de la Société pour l’Illustration et la Défense des Lumières, une société savante née des tumultes des événements irrationnels survenus à Paris, qui regroupe une vingtaine de personnalités du monde scientifique et de la vie mondaine, beaucoup plus si on compte les sociétés filles en province. Sise dans l’Hôtel Soubise, dont les sous-sols ont été transformés en laboratoire, elle a pour vocation le développement des sciences rationnelles et leur promotion. Les plus grands noms du Royaume, royalistes comme républicains, sont régulièrement conviés à des démonstrations et à des expériences dans le but de leur démontrer la supériorité de l’Esprit. Plus secrètement, il lui arrive de faire le coup de poing contre des hauts lieux des « Ténèbres » qui envahissent Paris, mais il faut que la société se réunisse en séance plénière et vote la motion à la majorité aux deux tiers pour que ce type d’action ait lieu, et un veto du Triumvirat qui dirige la société est possible. Cette procédure a été imposée par le Secrétaire pour éviter que des préoccupations « irrationnelles », c’est-à-dire politiques, soient à l’origine de ces coups de force.
La société est apolitique, mais pas ses membres, à commencer par son
Président, Joachim de Rohan, prince de Soubise. Homme mûr et philosophe conservateur, il est convaincu que les révolutions apportent potentiellement plus de mal que de bien : pour preuve, ce cher Monsieur de Launay, un homme éclairé s’il en était, a été massacré par la populace ignare et cannibale. Très mondain, c’est un ami personnel de Marie-Antoinette qui arbore fièrement une cocarde noire dans la rue. La Reine lui a fait part de ses inquiétudes au sujet du Comte de Saint-Germain. Elle lui a présenté comme un être malfaisant corrompant l’âme de son bon époux par sa science dévoyée et Joachim se voit désormais en « croisé de la Vraie Science ». Toutefois, pour s’assurer de sa loyauté, la Reine n’a pas manqué de lui présenter l’une de ses charmantes dames de compagnie, la délicieuse
Anne Hofmannsthal, qui le manœuvre subtilement, et Joachim va mettre beaucoup d’ardeur à imposer comme mission à la Société de ramener Sa Majesté à la Raison.
Bien que la façade publique de totale concorde soit préservée, il se heurte de plus en plus fréquemment à l’opposition du
Vice-président, Floréal Pivert-Senancourt (ci-devant François-Laure Pivert de Senancourt). Ce riche jeune homme de vingt-sept ans, député à l’Assemblée, a beau être l’un des plus grands propriétaires terriens du royaume et d’une noblesse immémoriale, c’est un révolutionnaire convaincu qui a milité en faveur de l’abolition des privilèges lors de la nuit du 4 août. Depuis, il a changé de prénom et abandonné sa particule. Anticlérical et esprit fort, il est convaincu que les événements surnaturels qui ont eu lieu dans Paris ne sont que des supercheries mises en scène par un habile prestidigitateur. Le goût du Roi et d’une grande partie de la Noblesse pour ces « billevesées » a achevé de disqualifier la monarchie à ses yeux. Officiellement constitutionnaliste, il est secrètement devenu républicain et s’est lié à Saint-Just. Il fréquente le club des Jacobins où il pousse Robespierre à mettre un terme à ses hésitations. Il saisira la moindre occasion pour nuire au Roi.
Très cultivés, ces deux hommes ne sont pas pour autant des hommes de science, mais ils animent la société par leur affabilité et la financent sur leur cassette personnelle et grâce aux dons de leurs amis. La promotion de la Raison dans les hautes sphères est leur moyen d’action privilégié, à la Cour ou à l’Assemblée, à charge des autres membres d’en faire de même à leur niveau.
Le
Secrétaire, le très austère
Pierre-Antoine Delisle, est un savant complet, très au fait des dernières avancées. Il a été l’élève de Lavoisier avec qui il garde un contact épistolaire, et possède de solides connaissances en chimie. Le Président et le vice-Président n’ont de cesse de le presser pour qu’il développe une artillerie puissante qui démontrera la supériorité de la Science et de la Raison à chacun des deux camps, mais il s’y refuse obstinément, répétant à la moindre occasion l’aphorisme de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il passe beaucoup de temps à écrire sur les usages légitimes de la science et à convaincre les autres savants, tout particulièrement ceux de la Société, qu’ils doivent faire un usage raisonnable de leur art. Il a lui aussi son petit secret. Maître du Grand-Orient, il mène une lutte acharnée contre cet imposteur de Cagliostro. Ce n’est pas tout à fait contradictoire avec les objectifs de la Société, mais il est obligé de sortir de sa posture de désengagement politique pour mettre les fines lames de la Société au service de ses vendettas. Il le fait très discrètement : en position d’arbitre entre ses pairs, il attend qu’ils viennent négocier pied à pied son ralliement, qui leur est déjà acquis ou refusé, ou dévie les missions de leurs objectifs initiaux.
Les personnages-joueurs, vus de profilIls ne sont pas tous des rats de bibliothèque ou de laboratoire. Toute Société Savante, pour assurer son succès, doit avoir un recrutement diversifié, car c’est aussi un divertissement mondain où l’éloquence est reine. La propagande auprès du Roi et de l’Assemblée donne un rôle important aux PJs disposant d’un bon entregent. Les femmes, en minorité, n’en sont pas exclues. Les bons combattants sont les bienvenus dans la Société, qui ne refuse pas totalement le recours à la force en dépit des réticences de son Secrétaire.
Les personnages ne doivent avoir en commun que l’inquiétude envers la grande soif d’irrationnel qui secoue la France et la volonté de sauvegarder l’héritage des philosophes des Lumières. Les moyens d’y parvenir doivent diverger d’un personnage à l’autre et il est recommandé qu’ils aient ont tous un deuxième engagement fort, politique, religieux ou maçonnique, qui pourra les diviser dans un moment critique.
L’alchimisteEn ce beau mois de mars 1792, Louis XVI s’est mis en tête d’ouvrir un atelier d’alchimie à Versailles. Comme le Comte de Saint-Germain refuse de lui donner des leçons et qu’il s’est absenté (en réalité, son reflet autonome a manqué de le tuer et il passe désormais tout son temps à le traquer), il a fait appel au
Comte de Cagliostro (LdB p.13-14). Embastillé à la suite de l’affaire du Collier de la Reine, le grand charlatan signe là son retour en grâce, et c’est un affront aux yeux de Marie-Antoinette.
Louis XVI a installé son atelier au dernier étage du château, dans l’ancienne cuisine de Louis XV, réaménagée pour l’occasion, à côté de son cabinet de forge où il passe beaucoup de temps. Cagliostro s’est fait construire un Athanor de belle taille. C’est dans ce creuset en forme d’œuf, siège de « l’esprit de vie », que sont cuites les matières à transmuter. Les (coûteux) éléments alchimiques, or, argent, et mercure des philosophes favorisent le processus. Si Cagliostro ne manque pas de gloser sur les symboles et sur son initiation maltaise, il n’est pas très sûr de lui et ne maîtrise pas bien les rituels que lui a appris le Comte de Saint-Germain, qui manque cruellement à son élève. Mais être Grand-Maître d’une Loge maçonnique a quelques avantages et Cagliostro a réussi à se procurer l’original de l’
Opus Majus de Bacon, qu’il déchiffre fiévreusement dès qu’il a un moment de libre, même la nuit, ce qui lui donne un teint cireux et de vilaines poches sous les yeux. Qu’on se rassure, son charme et son sens du baratin ésotérique n’en sont pas affectés.
Bonbons (al)chimiquesDès qu’elle a su que Cagliostro venait s’installer au Palais (il y loge même !), Marie-Antoinette est entrée dans une colère noire. Un voleur et un charlatan, lui disputer son époux ? Jamais. Cela ne peut être. Elle s’est alors souvenue que son bon ami le prince de Soubise dirigeait une société savante et l’a prié d’accepter de faire venir des membres de la Société au Palais. Soubise lui a promis, un peu vite, mais Anne Hofmannsthal s’était montrée très persuasive. Alors, la Reine a proposé un duel au Roi, chimie contre alchimie, une joute courtoise à la fin de laquelle le couple royal s’échangera en cadeau le fruit des travaux qu’il aura défendu. La Reine, qui sait le Secrétaire de la Société brillant, a proposé au Roi comme cadeau un acide si puissant qu’il rongera le mécanisme diabolique de la boîte que lui a offerte le Comte de Saint-Germain (LdB, p.20-21). Le Roi a d’abord refusé. Détruire un si bel objet ! Mais cette boîte l’obsède et le rend fou, et l’acide le libèrera de ce tourment. De plus, la Reine a réussi à le persuader que cette boîte était un nœud gordien – l’acide tranchera. Le Roi a donc accepté. Comme Cagliostro s’est vanté pouvoir transmuter des pierres en gemmes, il a proposé d’offrir à la Reine un … somptueux collier.
Une invitation controverséePendant ce temps, le prince de Soubise manœuvre les membres de la Société pour qu’ils acceptent, et met au parfum le(s) PJ(s) royaliste(s). Le scénario s’ouvre sur une réunion agitée : faut-il ou non accepter l’invitation de la Reine à défendre ses couleurs ? Soubise fait valoir l’importance de cette action pour l’image de la science, l’occasion de disqualifier à jamais les vieilles superstitions. Pivert-Senancourt fait obstinément barrage contre cette « compromission » qui va « creuser le gouffre financier de notre grande nation », et attend patiemment le soutien de Delisle, sur qui tout repose puisqu’il aura la charge de la fabrication de l’acide. A la surprise générale, celui-ci soutient la motion et déclare que la Société s’est fixé pour mission de ramener les égarés à la raison avant de se lancer dans une grande tirade sur les devoirs du savant. Pour rien au monde il n’aurait laissé échapper cette occasion de discréditer Cagliostro ! Pivert-Senancourt blémit. On procède au vote, et l’invitation de Sa Majesté la Reine est acceptée.
Fantaisie écossaise et complot des poudresLes trois têtes de la Société placent leurs poulains, c’est-à-dire les PJs, sur la base de leur seconde obédience ou, à défaut, de leur génie scientifique. Ils leur font comprendre à mots couverts que tous les coups sont permis pour remporter la victoire, à l’exception du meurtre. Leur mission consistera à assurer cet « à-côté », à défendre l’atelier de chimie contre des tentatives similaires, et à vanter les mérites de la méthode scientifique aux courtisans qui viendront assister aux travaux de Delisle. Si le groupe compte un brillant savant, un atelier lui sera aménagé où il pourra faire des démonstrations. Le programme est laissé à sa discrétion.
Après la réunion, chacun reçoit de celui dont il partage l’obédience la consigne de surveiller ses petits camarades. Le Franc-maçon apprend qu’une des amies de la Reine qui vit avec elle au Petit Trianon, la
Princesse de Lamballe, la sérieuse (certains disent ennuyeuses) surintendante de la Maison de la Reine n’est autre que la
Grande Maîtresse des Loges Régulières Ecossaises de France. Or, dans le conflit qui oppose la Grande Loge au Grand Orient, les Loges Ecossaises sont restées neutres : la victoire serait une opportunité rêvée de les rallier. Le PJ aura la charge de la contacter et de lui faire valoir les avantages du ralliement. La Princesse de Lamballe, a priori, sera plutôt réceptive, et un PJ particulièrement habile pourra espérer recevoir son aide avant même l’achèvement des cadeaux.
De son côté, le Révolutionnaire a un long entretien avec Floréal Pivert-Senancourt. Il lui rappelle que le Roi a fait tirer sur la foule et se comporte de manière absurde, folle même, puis lui confie une poudre explosive, à verser dans le creuset d’alchimie un jour où le Roi en sera proche. La poudre a la couleur du soufre, ce qui rend la substitution facile. Floréal lui fait comprendre que l’explosion blessera sa Majesté, et espère que cela l’amènera à réfléchir sur les dangers des fausses sciences. S’il n’en a pas parlé aux autres membres, c’est qu’ils ont trop de respect pour le monarque pour envisager cette extrémité. En réalité, sur cinq bons mètres de rayon, l’explosion est mortelle, et l’objectif est bien de tuer le Roi. A moins que le PJ soit connu comme un intransigeant, Floréal se garde bien de lui dire.
À la vue de ce PJ, Marie-Antoinette aura tout de suite la sensation qu’elle a introduit le loup dans la bergerie. Mais elle peut compter sur son autre grande amie, la libertine
Yolande de Polastron, Duchesse de Polignac, l’animatrice du petit Trianon, la reine des fêtes et des jeux, pour circonvenir l’intrus. Pour peu qu’il ait un peu de figure ou d’esprit, la duchesse se fera un devoir de lui faire troquer son engagement révolutionnaire contre le ciel de son lit. Le personnage sera dès lors sous haute surveillance. Par une vicissitude purement scénaristique, le personnage va avoir une occasion rêvée : la dernière pièce du collier, un énorme diamant, sera transmutée par le Roi lui-même. Ce jour de l’initiation du Roi au Grand Œuvre aura été annoncé et le PJ aura tout le temps de préparer son coup. Mais un sort funeste voudra qu’au moment où le Roi s’apprêtera à mettre sa mort à cuire à petit feu dans l’Athanor, il lui manquera un peu d’argent. Par sens du fair play, la Duchesse lui tendra l’un de ses bracelets et restera près de l’œuf fatidique… (si la duchesse a échoué à séduire le PJ, le MJ la remplacera avantageusement par une gracile jeune fille de quinze printemps).
Chimie amusante au Petit TrianonLa Reine fait l’honneur aux membres de la Société qui participent à l’entreprise de résider au Petit Trianon. Les dames reçoivent une des chambres de l’Attique tandis que les hommes doivent se contenter d’un logement aux Communs, relativement moins confortable. La veille de leur venue, un serviteur en livrée vient leur délivrer le jeton, nominal, qui permet de pénétrer le sanctuaire. Sur place, ils sont conduits depuis la Cour d’Honneur au Petit Trianon par le garde suisse qui y réside, avant d’être accueillis par la Reine, accompagnée de son garde-meuble et ami, Pierre Charles Bonnefoy du Plan, qui leur montre leurs chambres. Les personnages sont presque plus nombreux que les domestiques de la Reine et devront attendre un peu avant d’être aidés, car le matériel du laboratoire, amené par Pierre-Antoine Delisle, a la priorité. Il est installé au Pavillon Français, rebaptisé pour l’occasion « Temple de la Raison ». Si un PJ est chargé de faire la démonstration d’expériences scientifiques, son atelier y sera également aménagé.
Les menus plaisirs de Madame « Déficit »Le Petit Trianon est le lieu où la Reine vient « s’étourdir de divertissements ». Tout est jeu, jusqu’aux lieux, qui ressemblent à des décors de théâtre. Les personnages seront invités à partager cette intimité, ce qui leur laissera peu de temps pour leurs activités annexes. Il faudra déployer des trésors de diplomatie pour s’y dérober, même si Delisle sera assez facilement excusé. Pour comble, comme cet honneur n’est réservé qu’à quelques proches et aux Princes les PJs s’attireront immédiatement la haine des courtisans, qui en sont exclus, ce qui ne facilitera pas leur vie lors de leurs actions au Palais. Au Petit Trianon, il leur faudra déployer des trésors d’aisance sociale pour ne pas faire de faute de goût et trouver le bon compromis entre étiquette et familiarité. Le Domaine de la Reine n’est pas Versailles et une attitude trop guindée est une maladresse aussi grave que de manquer de respect à la Reine. Cependant, c’est une occasion rêvée d’être pris en affection par la souveraine. Trianon est équipé d’un théâtre où sont fréquemment donnés des spectacles auxquels la présence des PJs sera conseillée. Si l’ambiance devient vraiment bonne, les PJs pourront avoir l’insigne privilège d’assister à une représentation théâtrale de la « troupe des Princes » (dont la Reine et le Comte d’Artois) ou à un concert donné par la Reine, voire d’y participer pour ceux qui auraient des talents de comédien, de musicien ou de chanteur.
Voilà comment se déroulent les journées des PJs :
7-8 heure : Petit-déjeuner (confitures, moka), office religieux optionnel
8-10 heure : Travail au laboratoire / Temps libre pour comploter ou se divertir
10-11 heure : Collation, puis jeux (
breach of etiquette en cas de refus)
11-12 heure : Expériences scientifiques en présence de Grands
12-14 heure : Repas au Petit Trianon
14-18 heure : Travail au laboratoire / Temps libre pour comploter ou se divertir
18-19 heure : Dîner, puis jeux (
breach of etiquette en cas de refus)
18-22 heure : Travail au laboratoire / Temps libre pour comploter ou se divertir
Après 22 heures - tard, voire très tard : Théâtre, Musique, Loto, Billard, Cartes… (conseillé)
Vers 1 ou 2 heures du matin : Souper
Une joute (dis)courtoiseLe Roi et la Reine se font des cadeaux, mais pas les deux équipes, et Cagliostro a encore moins de scrupules que la Société et ne reculera pas devant le meurtre. Il n’a pas de suite armée, mais le Palais compte quelques Maçons prêts à aller très loin pour le Grand-Maître, qu’il dépêchera pour nuire au matériel, puis aux personnes.
Briller : les expériences des PJs leur permettront de marquer des points. Si un PJ a l’idée d’usiner un cadeau technique supplémentaire, par exemple des instruments de serrurerie de précision, il offrira un avantage supplémentaire à son camp.
De son côté, au bout d’une semaine passée à se couvrir de ridicule, Cagliostro commencera à faire apparaître des pierres précieuses de plus en plus fines et de plus en plus grandes dans des pierres brutes (les deux premières fois, il s’agira d’une supercherie que les PJs pourront éventer s’ils sont un peu malins).
Espionner : Pour la Société, la tâche est assez facile. Versailles est un lieu ouvert, et les expériences de Cagliostro sont publiques. Les PJs auront tout le loisir de voir quels sont les ingrédients qu’il utilise et s’ils sont attentifs, ils pourront sentir, au bout d’une semaine, comme une odeur de chair brûlée pendant la cuisson. L’appartement de Cagliostro est plus difficile d’accès, car surveillé par des Frères prompts à tirer l’épée.
Cagliostro et ses amis sont persona non grata au Petit Trianon. Ils sont informés indirectement par les Princes qui viennent assister aux travaux de Delisle et aux expériences des PJs.
Saboter : Pour les PJs, la solution la plus radicale est de détruire le livre d’alchimie de Cagliostro, mais il est bien protégé. Si le Maçon du groupe a rallié la princesse de Lamballe au Grand Orient, une action aussi risquée qu’intelligente pourrait être, mais ce n’est qu’un exemple, de l’envoyer voler l’ouvrage sous prétexte de se faire initier. Abîmer l’Athanor est une mauvaise idée : les PJs seront rapidement soupçonnés et n’obtiendront qu’un répit. Couper les ingrédients du Comte avec des produits inappropriés est une solution plus efficace.
De leur côté, les amis du Cagliostro s’introduiront nuitamment dans le Pavillon Français pour neutraliser l’acide de Delisle, qui ne pourra que constater une déficience au petit matin. Le Suisse n’aura rien vu : il dort d’un sommeil surnaturel. Ils récidiveront tant qu’ils n’auront pas eu peur d’être pris. S’ils le sont, Cagliostro perdra du crédit.
Compromettre : Pour améliorer les chances de réussite du rituel de transmutation, il est conseillé par certains manuels d’alchimie de fondre les contraires dans le creuset, le principe féminin et le principe masculin (bonus : +1 ; LdB p.44-45). Concrètement, on cuit une paire d’organes sexuels dans le creuset. Les premiers jours, l’alchimiste du Roi n’aura pas recours à cette abomination. Mais les échecs se répètent et mettent en péril l’achèvement du cadeau de la Reine. Aussi Cagliostro se fait-il livrer par l’Hôpital Général des organes prélevés sur des cadavres frais. Il ne le révèle pas au Roi et les camoufle aux yeux du public sous une poudre blanche qui coupe les odeurs. Il lui faut donc installer son dispositif avant la transmutation : ce fond, bien que de la même couleur que l’Athanor, pourra éveiller les soupçons des PJs.
Si les PJs ont repéré l’odeur de chair brûlée et en ont fait part à leurs pairs, ils pourront voir Delisle et la Princesse de Lamballe verdir d’indignation. En bons maçons, ils ont quelques connaissances en alchimie et ont compris (tout comme un PJ doté de connaissances ésotériques). Restera à enquêter et à faire éclater le scandale. Un des affidés de Cagliostro, un Marquis bien propre sur lui, fait les courses en ville. Si les PJs ne sont pas assez discrets dans leur enquête, Cagliostro, prévenu, pourra les piéger et ils se couvriront de ridicule en le dénonçant.
Incapaciter : À partir du quatrième jour, Delisle se plaindra d’insomnies. Si un PJ a les compétences pour prendre la relève, le MJ pourra opter pour une maladie grave : les PJs auront alors à imaginer un nouveau cadeau royal. La Reine leur fera comprendre qu’il serait préférable qu’il ait un rapport avec la boîte, mais ce n’est pas une obligation absolue. Sinon, ils auront toujours la possibilité de déterminer d’où peuvent provenir ces ennuis de santé. Cagliostro a fait jeter le mauvais œil sur son adversaire. Les PJs pourront remonter la piste du coiffeur du Palais, chez qui Delisle est allé se faire tailler la barbe le troisième jour, et de fil en aiguille, qui leur indiquera qu’il a fourni poils et cheveux à une empoisonneuse notoire, chez qui ils trouveront une figurine à l’effigie de Delisle. La détruire délie le sortilège.
Interlude : les fantômes du TrianonUn jour de beau temps, les personnages sont conviés à une sortie au Hameau de la Reine avec ses deux amies et de son beau-frère le Comte d’Artois. L’après-midi se passe en distractions diverses, palle-malle, croquis, pêche à la ligne, traite des vaches en tenue de paysannes. Vers cinq heures, au sortir du goûter dans la Maison de la Reine, le temps est électrique et vire à l’orage. L’air exalté, le Comte d’Artois propose une expérience de « voyage dans le temps ». La Reine rit, mais accepte. Si les personnages tentent de se dérober, ils sont sévèrement remis à leur place. Le Comte emprunte le pont qui mène au colombier en murmurant des formules incompréhensibles, puis fait signe de le rejoindre. Quand le dernier hôte quitte le pont, il claque dans ses mains et… il ne se passe rien. La Reine éclate de rire et part, son carnet de croquis à la main, s’installer au Belvédère, tandis que la Duchesse de Polignac se plaint de la chaleur et retourne à l’intérieur.
Après avoir pris congé pour rentrer au petit Trianon reprendre leurs expériences, les personnages font une rencontre étonnante près du Temple de l’Amour. Deux femmes, d’une bonne quarantaine d’années, toutes habillées de noir (sûrement des protestantes !), surgissent au détour d’un chemin. Jamais les personnages n’ont vu une telle coupe de vêtement, et les lunettes de la plus jeune sont étrangement fines (sûrement des étrangères). Elles ont l’air très tendues et la plus âgée est littéralement agrippée au bras de l’autre. Si les personnages engagent la conversation, la plus jeune dira qu’elles se sont perdues et demandera son chemin dans un français approximatif. S’ils poussent un peu, ils apprendront qu’elles s’appellent Charlotte Anne Moberly et Eleanor Frances Jourdain. S’ils posent des questions suffisamment troublantes, l’une des deux demandera avec appréhension « En quelle année sommes nous ? » et se figera en entendant la réponse, répétant qu’elle rêve et qu’elle est en 1901. Alors, elles s’enfuiront.
Conséquences et perspectives (cumulables)Le Roi a été tué dans l’accident alchimique. La monarchie est décapitée, et la noblesse terrifiée par les dangers des fausses sciences revient à des activités plus rationnelles. Les jauges Raison et Révolution augmentent de 1. Un nouveau scénario commence. Cagliostro tente de récupérer le corps pour que Saint-Germain le ramène à la vie. S’il réussit, la jauge Révolution redescend. S’il parvient à faire suffisamment de publicité autour de ce « miracle », la jauge Raison redescendra également.
Le Roi a été blessé dans l’accident alchimique. Il entre dans une colère noire contre le comte de Cagliostro et le renvoie à la Bastille. A moins que les PJs n’aient laissé des traces de leur forfait, la jauge Raison augmente de 1.
La chimie a remporté une victoire éclatante. Le Roi se détourne temporairement du surnaturel ainsi qu’une partie de la noblesse, et les Loges Ecossaises se rallient au Grand Orient. La jauge Raison augmente de 1.
L’alchimie a remporté une victoire éclatante. Un engouement pour cette « science » secoue Paris, la Reine elle-même doute et pardonne, car le collier est d’une valeur inestimable, tandis que la Princesse de Lamballe se fait initier à l’alchimie et rallie les Loges Ecossaises à la Grande Loge. La jauge Raison diminue de 1.
En cas de
victoire mitigée, aucune jauge ne bouge.
Préparer la partieLe
site du château de Versailles propose une
présentation très complète du Petit Trianon et un MJ consciencieux pourra aussi consulter un
plan du palais salle par salle.
Les occupants du Petit Trianon sont tous des personnages réels et leur biographie est en ligne.